Darth Vader's church - Molecular shadow - 1992 (SPV)

Tracklisting:
1. Cannabistic Torqulation
2. Ash
3. Tallow
4. Bow Of Mortis
5. Pig Latin Auctioneer
6. Sick With Experience
7. In A Gadda Da Bhagavad Gita
8. Remanent Ashes Of Mortal Man
9. Ominous Dance
10. Dissolve In Galaxia

14/20

On pourrait confondre DVC avec un de ces groupes de troisième zone du raz de marée death metal ricain du début des années 90. Un de ces groupes de bouseux qui, hypnotisés par le succès des grosses pointures floridiennes ou new-yorkaises, tentent laborieusement de se raccrocher à ces locomotives, seul train qui pourrait enfin les sortir de leur champ de maïs du Connecticut.

A cela près que si DVC n'a jamais enregistré au Morrisound avec Scott Burns, se refusant ainsi un potentiel ticket d'entrée chez Roadrunner, ce n'est pas par manque de bol mais probablement plus par je m'en foutisme. Ou complexe de supériorité. Et non, DVC ne sortaient pas d'une ferme de l'Amérique profonde, mais de Floride, creuset du death US. Difficile à imaginer tant ce groupe se distingue de ce qu'on est habitué à entendre des autres groupes floridiens de l'époque. Les membres de DVC semblaient en effet afficher un total dédain pour les (déjà !) clichés du genre, préférant au contraire voir le death metal comme un médium d'expression libre tant lyriquement que musicalement. L'histoire leur prouvera qu'ils avaient tort et que le death pouvait en fait être aussi chiant et limité que n'importe quel autre genre, ils se saborderont d'ailleurs d'eux mêmes suite à ce constat. Dans l'intervalle, ils auront tout de même accouché de deux albums dont ce Molecular Shadow, skeud certes death metal mais étrange et aussi décalé aujourd'hui qu'il pouvait l'être à sa sortie. De même, la production très garage est aux antipodes des standards de l'époque et a fortiori actuels : batterie plus roots tu meurs, guitares fuzzy qui grésillent... non non, vous n'êtes pas en train de lire une chronique de Burzum.

Quant à la zique elle même, c'est à peine moins barré : guitares folk, harmonica bluesy (!), synthés tous droits sortis d'un épisode de Star Trek (plus kitsch que Nocturnus 'The Key' c'est dire). Le groupe ne dédaigne pas les accélérations mais préfère le registre mid tempo, qui permet de distinguer un peu mieux des guitares down tunées et sales, ce qui ne les empêche pas de lâcher des arpèges ni même des harmonies façon heavy comme sur le morceau de clôture Dissolve In Galaxia, probablement inspiré par un célèbre auteur de science fiction que les amateurs reconnaîtront. Outre ce côté SF pour ufologue du dimanche, DVC se présente aussi comme un des premiers défenseurs de la fumette au sein de la communauté death, sorte de Cephalic Carnage avant l'heure qui fera le bonheur d'une poignée de geeks sociopathes qui préfèrent se rouler un spliff plutôt que faire de la gonflette en salle de muscu avant d'apposer de méchants tatouages sataniques sur leurs biscoteaux (oui c'est bien vous que je regarde, les frères Hoffmann). Bref DVC ne se prend pas tant au sérieux que ça, bien que leur death metal sale et vaguement doomy ne prête pas à la gaudriole malgré l'intervention des instruments exotiques sus cités.

Du fait de sa production primitive et touffue, ce deuxième et ultime album du combo ne se laisse pas vraiment apprécier rapidement. La première écoute laisse une impression de death metal brouillon, primitif et vaguement expérimental. Et puis on y revient, parce qu'on se rappelle avoir remarqué des éléments inattendus qui émergent de la boue sonore. On se rend alors compte que d'autres riffs surnagent et sont en fait vachement sympas, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on se prenne à leur jeu. Cet album n'est pas un chef d'oeuvre, mais possède définitivement une ambiance très personnelle auquel on sera sensible ou pas, point.