DISINCARNATE - Dreams of the Carrion Kind - 1993 ( Roadrunner )

Tracklisting :

1-De Profundis
2-Stench Of Paradise Burning
3-Beyond The Flesh
4-In Sufferance
5-Monarch Of The Sleeping Marches
6-Soul Erosion
7-Entranced
8-Confine Of Shadows
9-Deadspawn
10-Sea Of Tears
11-Immemorial Dream

14/20

En 1993, alors qu'il s'était fait un nom dans la scene death metal en collaborant notamment avec quelques pointures comme Death ("Spiritual Healing") , Obituary ("Cause Of Death") ou encore Cancer ("Death Shall Rise"), James Murphy se décide à recruter à son tour quelques musiciens afin de créer son propre projet. Disincarnate voit alors le jour et c'est avec une amère déception que le public, votre serviteur en tête, accueille cet album dont on attendait tant.
Convaincus que James Murphy, alors propulsé au rang de "guitar hero" de l'extrême, allait apporter quelque chose d'unique, allait enrichir ses propres compositions de cette touche personnelle qui rendait ses solis immédiatement reconnaissables, qu'il allait faire quelque chose de différent. Que nenni, nous restons hagards à l'écoute de riffs excellents mais convenus, déjà entendus, malheureusement sans grand intérêt si l'on cherche une trace d'originalité, nous sommes tristement énervés d'avoir été abusés par tant de promesses et surtout désolés de devoir se rendre à l'évidence qui s'impose ; si Murphy fit les beaux jours des combos sus cités grâce à son touché fluide et mélodique il n'est en revanche pas un génie du riff (nous aurions naïvement et secrètement souhaité qu'ils soient aussi délicieusement évocateurs que ces géniales et héroïques interventions de 6 cordes auxquelles le guitariste nous avait habitué..douce utopie).
Les compos de Disincarnate ne retiennent que difficilement l'attention, tout est pourtant parfait, très professionnel, d'un niveau technique élevé, d'une précision remarquable, etc, etc… mais il manque au groupe une réelle personnalité. La compétence des 4 musiciens n'est jamais à remettre en cause, la vélocité des guitaristes sur des riffs d'une belle finesse ne suffit pas à faire oublier la concurrence (alors très rude à cette période), la variation des tempos parfaitement assumée par Tommy Viator dont le jeu n'est jamais lassant, les ralentissements bienvenus et efficaces ("Entranced", "In Sufferance") et l'effort global de composition ne parviennent pas à faire oublier quelques grosses pointures plus talentueuses qui firent de l'ombre à bon nombre d' albums de qualité à une époque ou être juste bon n'était pas suffisant.
Disnicarnate prend malgré tout soin de chacun de ses plans, de ses harmonies qui enrichissent considérablement ses compositions toutes marquées par une sombre ambiance limpidement distillées par les solos "magiques" de Murphy, compos auxquelles il ne manque pas grand chose pour devenir inoubliables…dommage.
Plus mélodique dans son approche que Suffocation ou Cannibal Corpse, plus carré qu'un Morbid Angel , magnifiquement chaotique, Disincarnate se place plus dans la lignée d'un "Human" de qui vous savez le génie de Schuldiner en moins.

Cet album présente néanmoins un avantage. S'il n'a pas convaincu lors de sortie, noyé dans une masse d'œuvres du même style autrement plus intéressantes, il se pose aujourd'hui comme un témoignage très pertinent de ce qu'était le death metal au début des 90's, style actuellement en voie d'extinction complète. Son manque d'originalité lors de sa sortie devient la marque de fabrique "old school" tant recherchée de nos jours par les chasseurs d'un death metal oublié, celui qui ne fonctionnait pas systématiquement sur les performances athlétiques de batteurs devenus de bêtes machines à bourriner sans âme.
Terminons par un détail non négligeable quand il s'agit de skeuds sortis au début de la décennie précédente, la production ! Celle-ci, signée Colin Richardson, est claire, propre, compacte et permet de déguster cet album qui, comme certains vins, tend à se bonifier avec les années qui passent.