DISCORDANCE AXIS - The Inalienable Dreamless - 2000 ( Hydrahead )

Tracklisting:
1. Castration Rite
2. The Inalienable Dreamless
3. Sound Out The Braille
4. Oratorio In Grey
5. Vacuum Sleeve
6. Angel Present
7. The Necropolitan
8. Pattern Blue
9. The End Of Rebirth
10. Loveless
11. Radiant Arkham
12. Use Of Weapons
13. Compiling Autumn
14. Jigsaw
15. The Third Children
16. A Leaden Stride To Nowhere
17. Drowned

19/20

Le grind, ça vous évoque quoi? Un style blasté, sans temps morts, doté d'un énorme feeling punk et d'une urgence tangible et communicative? Vous avez raison : le grind, c'est ça. Mais mis à part ce feeling basé sur l'efficacité, de quoi doit être doté un bon disque de grind selon vous? Pas grand chose, c'est bien vrai : on écoute du grind justement pour ça, écouter de la musique rapide et sincère qui va vous faire taper du pied / bouger la tête / mouliner sans vous prendre la tête. Un bon groupe de grind doit donc développer ce feeling pour être un bon groupe de grind. Et c'est vrai. Discordance Axis dispose de ce feeling à foison : c'est violent, très violent, blasté très vite et très bien (Dave Witte à la batterie, monstre de puissance, que l'on retrouve dans Burnt By The Sun, Melt Banana, etc, etc.), avec des riffs incisifs, une voix hurlée intense, des morceaux courts allant droit au but et une écoute qui vous happe et qui ne vous lache plus tout au long de ce disque, ne dépassant pas les 25 minutes - et c'est tant mieux : un bon disque de grind ne s'étend pas sur la longueur.
La chronique pourrait s'arrêter là : "The Inalienable Dreamless", très bon disque de grind, remplissant parfaitement son rôle de disque de grind. Mais Discordance Axis fait partie de ces groupes tels que Gorguts, Brutal Truth (dernière période) ou Immolation, qui, partant d'une recette efficace exécutée à la perfection, transcendent leur style de base en complétant l'efficacité par le génie. La violence de ce disque est concrète, mais se complète ici par de la beauté. Pas de la beauté mielleuse "emo" (terme dont on aime qualifier à tort et à travers de nos jours) du genre "le dernier Poison The Well il est trop beauuuuuuuu"; juste la beauté qu'on peut apprécier en écoutant un disque de Neurosis, une beauté pas forcément évidente mais suintant par tous les pores du disque, la beauté qui caractérise les trucs exceptionnels ayant l'air communs ou opaques au premier abord, mais qui devient de plus en plus évidente au fur et à mesure qu'on l'observe, qu'on l'apprivoise, qu'on apprend à l'apprécier. Car oui, de prime abord, vous direz en écoutant cette galette : "Mouais, encore un truc de grind-new-school-chaotique-jazzy de plus, c'est violent mais y'a rien d'exceptionnel, y'a vachement plus technique". Mais si vous faites preuve d'un peu de curiosité et que vous la réécoutez un peu plus en détails, vous en apprécierez la subtilité, et comme moi, ça vous trouera le cul et vous deviendrez amoureux de ce groupe. Nom d'une pipe, "The Inalienable Dreamless" c'est de la tuerie! Une indescriptible tuerie qui s'écoute plus qu'elle ne s'écrit; je pourrais vous parler des influences jazz ("Jigsaw") ou sludge ("A Leaden Stride To Nowhere") de ce disque, je pourrais vous dire que les structures y sont souvent chiadées ("Use Of Weapons") mais toujours pertinentes, que la hargne y baise avec la beauté dans la plus parfaite harmonie ("Angel Present"), que c'est finalement une sorte de fastcore / powerviolence progressif technico-poétique avant-gardiste dépressif; mais ce serait bien vain et bien stérile car ça ne servirait qu'à vous faire cataloguer ce disque dans toute cette vague new-school technico-chose, et ce disque ne se catalogue pas car il est hors-catégorie, comme se doit de l'être un groupe doté de génie tel que Discordance Axis. Il ne se catalogue pas : il s'écoute. Alors on va gentiment l'acheter / le télécharger si on en a marre d'écouter de la bonne musique efficace mais finalement désespérément commune car noyée dans la masse des sorties. Et puis aussi se faire sa petite opinion personnelle car malgré tout, cette chronique est très subjective : vous l'aurez compris, je vénère ce disque - ainsi que le reste de la discographie de Discordance Axis - et vous en ferez autant si vous avez un minimum de goût.