DEUTSCH NEPAL - Erosion - 1999 ( Staalplat )

 

15/20

Lina Baby Doll est décidément très bizarre, pilier de la scène industrielle suédoise depuis la fin des 80’s, compagnon de torture de Roger Karmanaik et bien d’autres…qui est-il finalement ? Un psychopathe assez unique en son genre, un vieux déchet alcoolique, doté d’un solide « humour » bien nordique, issu d’un temps ou industriel rimait avec punk cassette et minimalisme ? Nul ne le saura jamais…

Le crooner, je me comprends, se paie le luxe de brouiller les pistes à chaque album depuis son premier méfait sur cassette en 1991 : « Deflagration OF Hell ». Toujours minimaliste, Lina peut proposer des morceaux rythmiques déjantés en délirant parfois dessus avec sa voix aussi bien que des perles dark ambient et oppressantes (le morceau « Logo » de je ne sais plus quelle compilation étant un modèle pour moi).

Pour que les choses soient claires, si j’aime bien un album comme Benevolence, c’est parce qu’il met en exergue le coté hypnotique de Deutsch Nepal. La voix de Lina je ne suis pas fan et force et d’avouer que le monsieur nous inflige parfois ses frasques/fumisteries (ne parlons pas de ses concerts qui prennent tournure de spot pour la sécurité routière « tu t’es vu quand t’as bu »). Bref on ne tire pas que du bon dans Deutsch Nepal, mais par chance pour moi c’est par album entier que l’on réussi ou que l’on se plante ce qui est pas mal !

Erosion est assez particulier pou Deutsch Nepal, non qu’il révolutionne l’entité, mais par sa sobriété. L ‘album est clairement minimaliste et basé sur des boucles (les bonnes vieilles loops) hypnotiques instillant petit à petit diférents feeling.

On commence avec un long mantra à la sauce Baby Doll baigné dans des cornes de brumes pour enchaîner sur une pulsation cardiaque perdant tout coté rassurant/fœtal à cause de légères nappes de sons et de voix lointaines, une vague impression de coma se dégageant au final. Le 3eme titre est peut être celui de l’album qui renoue le plus avec l’aspect percussion de Deutsch Nepal, avec « Static », là encore, les martèlements et cliquetis renvoient à l’impression de nager en eaux troubles et profondes. Là ce sont les percussions qui apportent de par leurs échos l’aspect hypnotique au morceau très minimal, d’abord répétitif (amenant à la transe diront les plus exalté, et chiant pour les hermétiques, à 13min40 on les comprend un peu) mais cachant de subtiles variations et une vraie cyclicité.

Lina ne cachait pas son amour pour Nico, ex top model des années 70 à la voie lugubre s’étant reconverti dans la chanson et l’héroïne livrant des titres parfois très déprimant (ceux avec l’harmonium) après un court intermède chez le Velvet Underground (les vilains droguées vous savez... »it make me fell like i’m a man when i put a spike into my vein… »). Pour le bien nommée « How Low .. » je trouve que Lina rend hommage à Nico à sa sauce. Basé sur de l’orgue (je crois) avec nappe de synthé et « chœur » là encore un peu mantresque, une voix lointaine et reverbée nous sort pleine de mélancolie un texte sobre et tout sauf joyeux. Ce morceau me fout à chaque fois un sacré bourdon….prenant.

Après tant de sérieux, seul Lina pouvait exhumer sur « You’re just a toy » une vieille chanson d’amour sûrement tirée d’un show radio américain des années 50. Sur « Static », le morceau le plus énergique du lot, on retrouve des percussions industrielles basées sur des sons métalliques tournoyant et reverbés. On achève en beauté avec un « Faint retard » toujours cyclique et hypnotique mais renouant avec le gentil feeling menaçant de ce bon vieux Lina avec un petit coté « Benevolence ».

Il est clair que cet album s’écoute en immersion et pas tous les jours, notamment de part un manque de trame rythmique « classique », bref, on frôle l’ambient. Il serait pour autant dommage de juger le disque avant de l’avoir pleinement goûter. Les amateurs savent en effet que loin d’être une simple trame sonore, les morceaux recèlent leurs climat propres, leurs lentes et cycliques montées en puissance, certes légères. Un disque à écouter seul donnant un bon sentiment d’isolement (volontaire) ou d’isolation (involontaire) chez l’auditeur. Le plus calme et ambient et surtout sérieux de Deutsch Nepal en tout cas et vous l’aurez sûrement compris, mon préféré. Après on pourra toujours dire et c’est vrai, que ce n’est pas ce qu’il a fait de plus aventureux et déconcertant mais bon la qualité est là…