DEADGUY - Fixation on a co-worker - 1995 ( Victory Records )

Tracklisting:
1. Doom Patrol
2. Pins and Needles
3. Die With Your Mask On
4. Baby Arm
5. Makeshift Atomsmasher 6. Extremist
7. Nine Stitches
8. Riot Stairs
9. Apparatus
10. Crazy Eddie

18/20

Une petite leçon d’Histoire s’impose les amis. Et elle s’impose car sans elle, DEADGUY ne serait qu’un simple OVNI musical, un de ces trop nombreux groupes bazardés à un moment donné qui font figure de martiens dans un paysage musical engoncé par de nombreux codes et systématiques. Donc back to the early 80’s avec Black Flag, mythique groupe punk ricain (feat. le non moins mythique Henry Rollins). Black Flag était alors la traduction musicale des mots tension, urgence et stress. Fin des 80’s, côte Est des Etats-Unis, apparaît un groupe au nom énigmatique de Rorschach. Rorschach se posa immédiatement en digne héritier de Black Flag, transposant à travers leur musique le chant lexical énoncé plus haut. Ce groupe fut aussi un des pionniers du post hardcore (Quicksand et Fugazi existaient depuis peu) en insérant à leur punk hardcore ultra tendu des éléments noise et métal. L’existence de Rorschach fut brève mais l’influence indéniable. De ses cendres naquit DEADGUY, mené par leur guitariste Keith rejoint part des ex Die 116, No Escape et Human Remains. Après 2 EP plus qu’honnête posant les bases d’un hardcore torturé très personnel, DEADGUY sort en 1995 le colossal ‘’Fixation On A co-Worker’’. Et là, on arrête de déconner. A l’heure où le hardcore new school (Earth Crisis, Snapcase) devient la norme dans cette scène, à l’heure où chaque riff pondu est lourdement plombé de métal un brin pataud (les riffs chugga-chugga sur les powerchords), DEADGUY vient foutre un formidable coup de pied dans la fourmilière avec ses morceaux incisifs, à la fois directs et tordus, tout le temps à la limite de la rupture. Les plans s’enchaînent à toute vitesse tout en respectant la cohérence des morceaux, les guitares se croisent et se complètent dans un mur de dissonances, les harmoniques fusent là où on ne les attendait pas, la batterie oublie toute notion de binaire et au dessus de tout ça surnage LA voix. Oui, je dis LA voix car Tim Singer est LE chanteur hardcore des 90’s. Tout d’abord, il y a ce timbre si particulier. Puis il y a cette manière de chanter, entre cri et hurlement, toujours sur le fil. Et puis il y a ces modulations, ces passages de spoken words à bout de souffle vomissant sur des éructations de possédé, tout cela au service d’une prose maladive et dérangée. DEADGUY vient d’accoucher du premier véritable album de post hardcore, violent, sombre, torturé. Avec ‘‘Fixation On A Co-Worker’’, ces 5 malades perpétuent la tradition entamée par Black Flag 15 ans plus tôt, sort des clichés utilisés par ses contemporains pour offrir quelque chose d’unique et personnel, tant dans la musique que dans les paroles et l’artwork tout aussi barré.
Le son (signé Steve Evett) est bon mais manque de grain à mon goût et à pris un tout petit coup de vieux, ce qui enlèvera la note ultime à ce monument sonore.