CARNIVAL IN COAL - French cancan - 1999 (Kodiak)

Tracklisting:
1/ Bark at the Moon (Osbourne)
2/ Out of misery (Strobl / Wursthorn)
3/ Maniac (Mathosky / Sambello)
4/ Piranha (Simone / St. Regal)
5/ My favourite armchair (Strobl / Wursthorn)
6/ Baker Street (Gerry Rafferty)
7/ Fall from Grace (Azagtoth / Vincent)
8/ Mama (Banks / Collins / Rutherford)
9/ Fucking Hostile (Pantera)

12/20

Les albums de reprises sont rarement des réussites, les groupes de metal rechignant généralement à reprendre autre chose que du metal. En grands décoinceurs autoproclamés, CIC s'attaquent au problème en essayant de rester fidèles à leur goût pour le mélange de genre en principe hermétiques. Le choix des morceaux n'est donc pas trop surprenant quand on connaît CIC même de réputation : les covers de Genesis ou Michael Sembello (Flashdance) côtoient allègrement celles de Morbid Angel, Ozzy Osbourne ou Pantera, ainsi que 2 inédits maison (Out Of Misery et My Favourite Armchair). CIC fait les choses dans l'ordre et la 1ère reprise est conforme à ce qu'on pouvait attendre du duo toxique : Bark At The Moon reçoit un traitement façon black/death avec voix écorchée, grosse guitare et boîte à rythme frénétique. Si l'original est déjà bardé de synthés, ceux de CIC n'en conservent pas l'aspect antidaté et évoquent plus des claviers de metal extrême, à l'image du reste. Mais CIC a plus d'un tour dans son sac et le skeud ne consiste pas en une radicalisation systématique de morceaux plus soft, comme l'aurait fait n'importe quel autre groupe connoté extrême, et la suite de l'album sort plus des sentiers battus. 'Maniac' présente bien un final brutal mais d'autres reprises de pop 80s restent étonnamment proches des originaux (Baker Street, Mama), boîte à rythme et claviers variète inclus ! CIC pousse le vice jusqu'à proposer une compo un peu dans cet esprit malgré une ambiance plus sombre genre règlement de compte dans un film de gangsters.

Le plus intéressant reste quand même la reprise de Morbid Angel, Fall From Grace, où le groupe se régale à son exercice favori, le brouillage de pistes. Les riffs et mélodies originales sont respectées à la note mais le morceau est complètement réarrangé : voix claires, synthés et même une espèce de fanfare de fête foraine s'intègrent aux blasts, rythmiques barbares et autres growls. Le résultat est déroutant mais plaisant, intégrer des touches humoristiques à un morceau qui en est totalement dépourvu n'est pas un pari facile.

C'est d'ailleurs un peu le même principe qui est appliqué à Fucking Hostile mais cette fois avec un peu moins de respect. CIC ridiculise Pantera, prenant un plaisir sadique à transformer l'hymne thrash en musique d'ascenseur ! Tant pis pour les die-hard fans des texans, qui risquent d'y voir une insulte. La reprise est outrageusement soft, la voix fait penser à un crooner sirotant un thé à Buckingham Palace, tandis qu'une section de cuivres donne l'impression d'être à un cocktail mondain. Irrésistible et jubilatoire. CIC montre avec ce skeud que décidément les clichés n'ont pas de prise sur eux, y compris côté humour (y a-t-il encore un groupe de débilo-grind capable d'être aussi marrant aujourd'hui ?). Bémol, on critiquera le son très synthétique de CIC (BAR et claviers partout) qui fait penser à une démo de projet solo enregistré dans une salle de bains. Ça n'enlève rien au fait que bien utilisée, une BAR peut offrir plus de possibilités sonores qu'un batteur de brutal death gonflé aux stéroïdes et édité à mort sur Pro-Tools.