CORROSION OF CONFORMITY - Deliverance - 1994 ( Columbia )

Tracklisting :

1 – heaven’s not overflowing
2 – albatross
3 – clean my wounds
4 – without wings
5 – broken man
6 – señor limpio
7 – mano de mono
8 – seven days
9 - #2121313
10 – my grain
11 – deliverance
12 – shake like you
13 – shelter
14 – pearls before swine

17/20

Rarement un album aura aussi bien porté son nom. Corrosion Of Conformity se libère mais de quoi ? D’abord du carcan réducteur de combo hardcore. Les plus vieux d’entre vous se souviendront de quelques brûlots hardcore du groupe comme Animosity ou encore Blind, qui marquait un ralentissement de tempo et davantage de travail sur les harmonies. Du punk hardcore incendiaire vers un crossover intelligent, le groupe n’a cessé d’évoluer depuis ses débuts dans les early 80’s. Deliverance marque ici un nouveau départ musical vers des bases plus rock. On ne parlait pas encore de stoner rock à l’époque, ou à peine. On parlera donc ici de rock ou d’heavy rock, puisant ses influences chez Black Sabbath et Led Zeppelin, mais avec ce grain crade et cette modernité dans le jeu qui évite tout repompage flagrant. Corrosion Of Conformity sait alterner entre passages terriblement heavy (Seven Days, Broken Man), riffs groovy (Clean My Wounds) et mélodies soignées (Pearls Before Swine). Les gaziers ont aussi oublié d’être manchots et pour ceux qui doutent, jetez une oreille à My Grain et ce monstrueux passage de basse qui vous fera prendre conscience qu’être un tueur à cet instrument ne veux pas dire slapper à tout bout de champs. En plus de ça, l’album se paye le luxe d’être varié et relativement cohérent. Relativement car la première moitié est imparable mais tend à se disperser un peu vers la fin (Deliverance, Shake Like You).
La délivrance intervient aussi sur le son comme il a été dit avant. Un son moins hardcore métal, plus roots, plus 70’s. Billy Anderson (Melvins, Neurosis, Eyehategod) signe ici un travail exemplaire pour un son chaud et organique. Et que dire de la voix. Pepper Keenan, autrefois simple guitariste décide de cumuler les postes et prend la place laissée vacante derrière le micro. Et c’est tant mieux car le gaillard a un bien bel organe, lui aussi avec un sacré grain et une chaleur qui fleure bon le whisky et le bayou. Barge d’entendre comment une simple voix peut donner encore plus de relief à une musique déjà très riche.
L’album marque aussi un autre point de rupture. Celui de l’engagement politique. Sans dire que Corrosion Of Conformity se soit transformé en groupe de rednecks abrutis, le côté ouvertement politisé du groupe semble lourdement atténué. Finis les brûlots comme Vote With A Bullet. Les paroles semblent être plus accès sur des expériences plus personnelles.
Dernière cassure, et pas des moindres dans la vie d’un groupe, c’est le changement de label. Ça peut paraître anodin mais ça a son importance. Corrosion Of Conformity était auparavant sur Relativity, subdivision de Roadrunner. Le groupe signe alors sur une major. Je ne sais pas ce qui est le pire mais ce dont je me souviens, c’est le nombre de groupes dans les early 90’s qui voulaient se tirer de Roadrunner et qui étaient tenus par les couilles par des contrats plus que contraignants (7 albums à fournir). Signe d’une époque ?
Bref, peu importe. Ce qui importe, c’est que plus de 10 ans après, Deliverance reste certainement le meilleur disque du groupe, une référence relativement discrète pour nombre de combos stoner actuels et surtout pour cette énorme machine qu’est Metallica. Si j’avais voulu résumer cette chro en une phrase, ça aurait été : « Avec Deliverance, Corrosion Of Conformity nous pond l’album que Metallica essaye désespérément de composer 10 ans plus tard, mais sans la classe, le talent et surtout la générosité. »