R.I.P.

CLIFFORD LEE BURTON (1962-1986)

“The major rajor, and four string motherfucker” (Dave Mustaine)

“The Ultimate Musician, The Ultimate Headbanger, The Ultimate Loss, A Friend Forever” (Jon Zazula)

Icône parmi les icônes, Cliff fut le premier grand martyr de la scène underground. Près de 18 ans maintenant après sa disparition, le souvenir reste vivace parmi les fans ayant eu la chance de le connaître de son vivant, tandis que le personnage n’en finit pas d’exciter l’imagination des metalheads plus jeunes, et autrement plus nombreux que les premiers…bref retour sur une légende dont on n’a pas fini de parler.

Le parcours est maintenant bien connu : fils de hippies et pur produit de San Francisco, Cliff débute la basse vers 1976. Selon ses parents, c’est la mort de son frère aîné qui le poussa à vouloir devenir ‘le meilleur bassiste au monde’ selon ses propres termes. Obstiné, il surclassera donc un à un tous ses profs avant de rejoindre le groupe local Trauma, sorte d’hybride glam/metal, à l’aube des heighties. Cliff détonne sensiblement des autres musiciens par son look éternellement ancré dans les 70s, par son jeu de scène sauvage, mais surtout par sa technique de basse qui finira par arriver jusqu’aux oreilles d’un certain Lars Ulrich, alors batteur boutonneux d’un obscur combo de heavy metal fortement inspiré par la NWOBHM, Metallica…nous sommes à l’automne 1982, Ron McGovney est viré après une énième baston avec le teigneux Dave Mustaine, Metallica accepte de déménager de LA à SF et Cliff ne tarde pas à écumer les clubs locaux avec le groupe.

Depuis, Cliff n’a jamais cessé d’être pour le public une sorte de hippie post punk (grunge ??) éternellement collé à ses vieux jeans pattes d’eph’ total ringards au milieu des 80s, à la technique de basse brutale et aux solos déjantés, faisant voler sans arrêt sa tignasse rouge dans tous les sens et fumeur de pet’ aussi bavard que Clint Eastwood dans les films de Morricone. Derrière cette imagerie, Cliff fut par dessus tout le vrai artisan du son Metallica, montrant tout d’abord un jeu brutal sur Kill ‘Em All avant de sublimer le style par son énorme talent de compositeur/arrangeur sur Ride The Lightning.

Car Cliff s’y entendait mieux que personne pour structurer et organiser les riffs thrash écrits par James Hetfield, en plus de composer de nombreuses parties mélodiques qui allaient faire de Metallica beaucoup plus qu’un simple groupe de speed/thrash metal. Cliff était le seul dans le groupe à posséder des connaissances théoriques en musique (il était diplômé de piano), et aussi le seul à écouter autre chose que de la NWOBHM ou Discharge : blues/rock, jazz, classique…et les Misfits. Il avait la technique et le feeling. Il était fan de Lovecraft et eu beaucoup d’influence sur les textes de James, qui passèrent en un rien de temps du délire « we’re gonna kick your ass tonite » à des thèmes plus profonds et réalistes (folie, suicide, danger nucléaire, guerre, social, écologie, etc). Bref, un musico exceptionnel…et paradoxalement pas vraiment un metalhead. Beaucoup vénèrent Cliff Burton comme le symbole du Metallica des années 80, celui qui met tout le monde d’accord, et qui n’aurait jamais du sortir un album comme Load…

Ce serait occulter le fait que Cliff était un grand fan de rock 70s (ZZ Top, Rush, Motörhead, Sabbath, Skynyrd, Blue Oyster Cult, Thin Lizzy…). Dans sa dernière interview accordée juste après le concert de Stockholm, le 26 septembre 86, ses paroles sont prémonitoires : « Parfois quand j’écoute des choses plus calmes que ce qu’on fait, je me dis que j’aimerais écrire des chansons comme ça. Enfin, pour l’instant on n’a pas le temps pour ça. Mais je pense que ça arrivera un jour.». Ce soir là, il avait joué un long solo très hendrixien, reprenant l’hymne américain dans une version encore plus psychédélique. Le set avait été un franc succès. Après une tournée triomphale aux States avec Ozzy Ozbourne, immortalisée sur la fameuse video ‘Cliff ‘Em All’, et Master Of Puppets qui était probablement leur meilleur album à ce jour, le groupe commençait enfin à récolter les fruits d’années de labeur acharné. Plus tard cette même nuit, comme dans un mauvais film, celui qui avait le plus contribué à ce début de reconnaissance devait disparaître dans un stupide accident de bus. Inutile de revenir sur la confusion et l’émotion qui suivit...Son corps fut rapatrié en Californie la semaine suivante et incinéré.

Aujourd’hui, il reste les souvenirs pour les uns ; les bootlegs, photos et ‘Cliff Em All’ pour les autres. Metallica se décide enfin à faire face à son passé et parle souvent des années Burton en public, après une longue période d’amnésie (refoulement ?). Tout avait été trop vite, Jason Newsted remplaça Cliff à peine un mois après sa mort, avant de craquer...16 ans plus tard. Quoiqu’on en dise, et en faisant abstraction des polémiques autour des changements de style, Metallica n’a jamais retrouvé l’alchimie miraculeuse des débuts. …And Justice For All était un excellent album, mais souffrait d’un manque cruel (surtout pour le concerné) de basse, et comportait pas mal de longueurs inutiles qu’on n’entendait jamais du vivant de Cliff, sauf sur les titres phares comme ‘One’. Le groupe a du s’en rendre compte et ne releva pas le défi, l’album suivant les voyant revoir leurs ambitions artistiques à la baisse et revenir à des choses plus simples.

Les glorieux pionniers avaient atteint leur limite, mais aussi l’ultime sommet sur Master Of Puppets, aux côtés de son pendant, ‘Reign In Blood’ (Slayer). La NWOBHM était déjà bien loin et oubliée. Des hordes entières de death / thrashers émergeaient et se disputaient le flambeau. Certains de ces groupes allaient à leur tour entrer dans la légende de l’Underground.

Mais c’était déjà une autre époque.

Journaliste : "Quel conseil donnerais-tu à un groupe qui tente de percer sur la scène rock actuelle ?"
Cliff : "Laisse tomber."