CEPHALIC CARNAGE - Anomalies - 2005 ( Relapse )

Track Listing:
1. Scientific Remote Viewing
2. Wraith
3. Counting The Days
4. The Will or the Way
5. Piecemaker
6. Enviovore
7. Dying Will Be the Death of Me
8. Inside Is Out
9. Sleeprace
10. Kill For Weed
11. Litany of Failure
12. Ontogeny of Behavior

14/20

“Anomalies” intermixes spine-tingling passages of hypersonic grindcore, slow motion doom metal and far-out rock’n’roll! Bizarre & twisted death-grind! For fans of Hatebreed, Mr Bungle, Napalm Death and The Dillinger Escape Plan.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, à la simple lecture de ce sticker. Je croyais ce genre de marketing bovinnisant réservé aux majors et aux gros indépendants chantres du conformisme à la franco-allemande, je me trompais, Relapse n’a désormais plus grand chose du label underground qu’il était il y a quelques années encore. Pris de nausée à l’idée d’être à ce point pris pour un jambon, je pensais laisser le skeud moisir sur son bac, jusqu’à ce que je me souvienne de la claque monumentale que m’avait infligé, en 2002, le précédent opus de Cephalic Carnage, l’excellent Lucid Interval. Quelques heures plus tard, débarrassée du plastoc contenant l’immonde sticker, la galette tournait librement dans mon mange CD. Les premières écoutes sont décevantes. Passés les 3 premiers titres (qui auraient pu figurer sur Lucid Interval), Anomalies semble s’enfoncer dans des plans sentant gravement le réchauffé, le groupe donnant à nouveau dans la caricature de Black Sabbath ou du metal mélo(mer)dique suédois. Oui, ils nous avaient fait le coup sur le précédent album, mais on sentait bien que c’était du 15ème degré, ici ces éléments n’ont plus rien d’autoparodiques et peuvent parfois servir de trame globale d’un morceau entier (genre ‘Piecemaker’). Ces passages de guimauve sont, de temps à autres, contrebalancés par des riffs grind générique (‘Sleeprace’, ‘Litany of Failure’) et ça et là, des mosh-parts auxquelles on doit probablement la mention d’un groupe comme Hatebreed sur le sticker cité plus haut. Bref, pas bandant à première vue.

Au fil d’écoutes plus approfondies toutefois, on se rend compte que certains titres sont de véritables perles : les 3 premiers (bruts de décoffrage, sortes de prolongements hystériques des débordements schizophrènes du précédent album), ‘Enviovore’, ‘Inside is Out’, ‘Kill For Weed’, et le véritablement superbe morceau de clôture, le très lourd et atmosphérique ‘Ontogeny Of Behaviour’. Tiens, les bons morceaux sont majoritaires finalement ! Ces derniers démontrent une fois de plus l’inventivité et l’imagination débridée des cinq de Denver, ils imposent à nouveau Cephalic Carnage comme une oasis au milieu du désert créatif atterrant qu’est le death/grind aujourd’hui. Les textes sont à l’image de la musique, ils soufflent le chaud et le froid : ça clignote allègrement entre le bancal (la vie en tournée, la diatribe anti-Bush, le crime passionnel et j’en passe…) et le plus intéressant, non dénué d’humour (les rapports flics/fumeurs de beuh, divers thèmes d’inspiration plus ou moins SF, à moins qu’il ne s’agisse de réflexions persos ?). La production est également dans la continuité des efforts de propreté entamés sur le décidément référentiel précédent disque : elle est d’une sobriété qui confine presque au dépouillement, à l’exception de la basse saturée, l’un des peu nombreux vestiges de la période pur grindcore de Cephalic Carnage.

Car c’est un fait, Cephalic Carnage a pas mal perdu de sa folie, et je soupçonne les titres que je considère comme faibles d’avoir été composés plus récemment que les meilleurs. Une nouvelle approche semble se profiler dans leur style, beaucoup plus posée, ce qui tranche fortement avec le matériel précédent. Les barrages en sucette, voire le sentiment de quasi improvisation des 2 derniers disques sont ici tristement absents au profit de quelque chose de plus structuré, mais qui manque de solidité comparé à un album plus purement metal. Quel est donc l’élément perturbateur ? Faut-il donc hasarder le terme haïssable de ‘metalcore’, identifiable dans les moments les plus consensuels, donc douteux, d’Anomalies ? Peut être, en espérant que l’avenir ne confirmera pas cette tendance. Reste que certains morceaux sont parmi les meilleurs du répertoire du groupe, l’album est globalement solide et consistant, mais il est parasité par des éléments indésirables, certes peu nombreux, mais qui ont tendance à s’étirer en longueur et qui (parfois) finissent par faire tâche sur le reste. Mais Anomalies propose tout de même une volonté d’évolution et apporte un peu de fraîcheur à la sclérose ambiante, et ce n’est pas le moindre de ses mérites.