CATHEDRAL - Forest of Equilibrium - 1991 ( Earache )

Tracklisting:
1. Picture Of Beauty & Innocence (Intro) - Comiserating The Celebration
2. Ebony Tears
3. Serpent Eve
4. Soul Sacrifice
5. A Funeral Request
6. Equilibrium
7. Reaching Happiness, Touching Pain

18/20

Une guitare sèche, presque enjouée, accompagnée d'une flûte ouvre ce disque d'une manière bien surprenante quand on sait que c'est au final un monument de doom vraiment peu joyeux. L'arrivée d'une électrique lancinante modifie l'ambiance. Lorsque résonne enfin la batterie, chargée de reverb comme il se doit, le voyage commence. Les guitares sont lourdes, amples et la voix de Lee est vraiment très spéciale. On le sent à fond dans la musique. Ce disque a cette qualité d'un album de doom se doit d'avoir : la musique forme un bloc. On n’atteint pas ici les extrêmes d'un Thergothon, le tempo accélère parfois et la présence de guitares doublées et de soli rendent ce monolithe moins abrupte. Sur ce premier titre, il y a clairement des influences Black Sabb…du Black Sabb poussé à l'extrême.

Lee était en plein revival seventies et ce disque est vraiment un mix entre du metal (old Black Sabb), parfois prog, super heavy et un coté plus pesant et funeral du à des influences death. "Forest Of Equilibrium" n'est donc pas du funeral doom stricto sensu. Il suffit de voir les groupes remerciés pour l'inspiration (Pentagram, St Vitus, Obsessed, Dead Can Dance, Diamanda Galas entre autres) pour réaliser l'originalité du résultat.

Le premier titre commence donc vraiment heavy metal sauce Cathedral (du vrai metal lourd, pas le truc de tappette fute moulant que c'est devenu après). C'est la première facette du disque car la partie finale de ce titre d'ouverture est vraiment poignante, lourde, dépouillée et triste. Ce riff, doublé avec une guitare en dissonance, est saisissant surtout quand Lee arrive pour conclure d'une voix hallucinée un texte bien pessimiste.

Les textes sont d’une certaine façon dans la lignée Napalm. En effet si vous ressortez vos booklets, vous verrez que les lyrics de Lee sur FETO étaient parfois plutôt des réflexions désabusées sur la vie en général. Ici pas de "socially aware" lyrics mais quelque chose de plus profond et abstrait. Putain j'ai vraiment du mal à mettre des mots sur ce disque. "Ebony Tears" continue dans cette esprit lancinant, traînant parfois presque "dégingandé". Sur "Serpent Eve", un clavier vient apporter encore plus de profondeur à un riff pourtant déjà abyssal ! "Soul Sacrifice" est le titre le plus rapide et le plus metal dans ses riffs et ses solis. "A funeral Request" et son intro nous ramène par contre dans les tréfonds du doom, notamment quand une partie est doublée par une guitare en son clair pour un riff dépouillé mais terriblement efficace. Sur tout l'album Lee développe un style surprenant, le summum étant atteint sur le titre clôturant l'album.

Mais avant d'arrivée à cette apothéose, il faut passer par "Equilibrium", un des meilleurs titres du disque...que dire...je suis un perdu...Lee double des riffs avec sa voix profonde avant d'arriver à la partie finale qui est d'une beauté et d'une puissance exemplaire...Gary se lâche d'un solo d'une clarté, d'une simplicité exemplaire...un putain de feeling se dégage de cette partie...qui finit en fade out pour laisser la place à une petite mélodie genre vieille boite à musique...

Vient enfin le moment le plus triste du cd "Reaching Happiness, touching pain", à l'instar du premier il démarre aussi sur une flûte mais cette fois-ci c'est beaucoup moins joyeux. Les riffs se font plus encore plus lourds et traînants, une sorte de mandoline double les grattes et Lee atteint des sommets. La flûte ré-intervient avant de laisser la place à un orgue. Ici Cathedral puisent clairement ses idées dans les 70's mais pour les intégrer dans ce carcan doom, le résultat ne laissant plus de place qu'à la désolation. Une drôle d'impression à la fin de ce disque...

A l'image de la cover, une sorte de peinture de Jeronimus Van Aken (Bosch) en 3D, ce disque est apocalyptique et pour les parties funeral seraient la BO d'un monde en décrépitude. Encore à l'image de Bosch dont on disait à l'époque que ces tableaux représentaient des choses jusqu'à présent encore jamais vues et imaginées, Cathedral en 1991 a présenté quelque chose d'encore jamais entendu ni imaginé, pondant ainsi une pierre angulaire du DOOM.