CARCASS - Symphonies of Sickness - 1989 ( Earache )

1. Reek Of Putrefaction
2. Exhume To Consume
3. Excoriating Abdominal Emanation
4. Ruptured In Purulence
5. Empathological Necroticism
6. Embryonic Necropsy And Devourment
7. Swarming Vulgar Mass Of Infected Virulency
8. Cadaveric Incubator Of Endoparasites
9. Slash Dementia
10. Crepitating Bowel Erosion

18/20

Fondé en 1985 sous un autre nom et pratiquant du punk hardcore il a fallu attendre l’arrivée de Jeff Walker, quittant les Electro Hippies, pour avoir droit à une première immondice sonore. Et c’est le départ de Bill Steer de Napalm Death qui permet à Carcass de pondre cette deuxième infamie en 1989. Infamie qui fut aussi visuelle Carcass restant dans la droite lignée de Reek Of Putrefaction.

Avec cet album, on voit très vite que Carcass a évolué. Commençons déjà par le son. On ne saluera jamais assez Colin Richardson pour ses productions toutes différentes et respectant, contrairement à celles de Scott Burns, la dynamique de la musique des groupes. Tous les instruments sont super audibles, la guitare de Bill Steer a beaucoup de crunch et malgré un downtuning extrême on est loin d’une bouillie. Les soli bénéficient aussi de ce son unique. En effet, le son de la gratte est assez particulier et va très bien avec le coté gargouillant qui se dégage de la musique et surtout de la double prestation vocale petit teigneux énervé/gros porc avachi. A la batterie, Ken Owen nous sert une prestation sobre, des blasts explosifs et se lâche bien sur ses cymbales. Ces parties blastées gardent de cette touche chaotique qui fait tout leur charme à mes oreilles. Bref on ne tombe pas dans le coté machine comme aujourd’hui avec le brutal death mais on reste dan la vraie violence. Bon, après la prod est de 1989 donc on peut trouver à redire mais elle reste puissante et surtout très adaptée car elle n’ôte rien à l’odeur de putréfaction que dégage les compositions de ce groupe qui pour le coup est vraiment « sick ». Entendre un peu plus la basse bien distordue de Jeff ne m’aurait pas déplu. La batterie se noie parfois un peu dans les blasts. Mais arrêtons de nous pignoler là-dessus.

Les morceaux sont beaucoup plus construits et longs, on note l’arrivée de soli avec par exemple un final ultra chargé de ce feeling que seul maitrise Bill Steer sur « Embryonic Necropsy and Devourment ». Le gaillard maitrise son instrument et continue de déstabiliser les interviewers qui ne lui parlaient que de death alors que lui répondait qu’il aimait Thin Lizzy, le blues etc et que c’était ses influences. Ceci expliquerait le coté malade mental qui règne un peu sur cet album. Aimer le groove et les blasts, grunter, lâcher des soli chargés de feeling, avoir abusé de la colle dans sa jeunesse et chanter les joies de l’exhumation de cadavres pas vraiment fraichement enterrés (le premier titre est consacrée à l’odeur de putréfaction), voilà un cocktail détonant. Snort The Corpse...Get high on the rot ! De beaux ingrédients de base qui contribue à l’ambiance unique qui se dégage et au charme, oui oui, de cet album. Bill Steer se découvre clairement sur ce disque et ses solis font sens. On a pas droit à des titres à 2 balles où tout est téléphoné en terme de soli genre « attention là il va en poser un de 3 heures ». Non ce n’est pas du tout ça, les interventions de Bill Steer font toutes sens et s’intègre parfaitement à l’ensemble le tout avec un feeling énorme.

On pourrait dire que Carcass mixe du death dans son grind mais ce serait trop simple ! Certes, c’est parfois plus calme que sur « Reek Of Putrefaction », mais plus qu’un coté death, je dirais surtout que Carcass injecte ce qu’on pourrait appeler un groove macabre dans sa musique. Un groove unique ! Cet album est très rythmé et autant il y a des passages bien ravageurs dans l’esprit grind, autant il y a des tueries plus calmes avec headbanging assurée autant moi quand j’écoute ce disque je hoche la tête en rythme et tape du pied en permanence. L’album est très fluide. Un super exemple serait « Ruptured In Purulence » annonciateur du « Corporal Jigsore… » de leur album suivant. « Exhume To Consume » est pour moi un classique du death etc etc, je pourrais vous décrire quasi tous les titres comme ça mais ce serait inutile.

Certains titres sont évidemment plus grind que d’autres comme « Cadaveric Incubator… » encore que ce putain de titre dès son break mortel nous laisse apprécier des licks de guitares du meilleur effet du père Steer. « Slash Dementia » lui aussi plus grind et acerbe bénéficie de ce qu’il manquait au premier album, un peu plus de passages lents, mais violents et quelques soli de folie ultra bien sentis et intégrés. Je me rends compte que cet album n’a en fait, une fois qu’on est bien dedans, aucun titres bouche trou que ce soit du début horrifique et sans concession jusqu’à l’excellent « Crepitating Bowels Erosion » et son intro monstrueuse. Toutes les compos sont accrocheuses et très dynamiques. Bon j’exagère un peu car « Excoriating Abdominal Emanation » m’horripile à chaque fois…

La seule critique que certains pourront trouver serait que les parties grind ont vieilli. Ce n’est pas mon cas mais je peux comprendre ce point de vue. Cependant il est a noté que si on prend ce style pour un grand jeu concours du plus violent, plus putride, plus d’effet dans la voix, etc alors pas la peine de vous attarder sur ce joyau, les idioties de la scène gorno gonzo grind actuelle suffiront à satisfaire vos « besoins ». De toute façon Carcass, après avoir fait partie des inventeurs du grind, est déjà passé à autre chose en développant un sens du songwriting de folie avec cette tuerie qu’est Symphonies Of Sickness. Carcass atteint là le statut de demi dieux du death metal et du grind core réuni ! A genou.