BLOODTHORN - In the Shadow of your Black Wings - 1997 ( Season of Mist )

Tracklisting :

1 The embodied core of darkness
2 Breeding the evil inside
3 March to war
4 Scarred lands
5 Nightshadow
6 Clouds of sadness
...
66 ...with a bloodstained axe

11/20

Sur cet album, Bloodthorn joue du black metal dit "atmosphérique" sans tomber dans le gothopouffhorrifik à grosses ficelles et mal fichu, sans remplir la moitié des chansons par des folkeries aussi métalliques que de la gelée de groseilles, et, par-dessus tout, sans sonner comme du sous Emperor ou du sous Summoning. Bloodthorn joue d'ailleurs dans la même division que les autrichiens. C'est fou le nombre d'artistes qui vouent un culte à Tolkien au point d'en faire leur source d'inspiration quasi unique. Surtout dans le metal new school. Mais le new school, comme chacun le sait, est en majorité condamné à disparaitre éternellement, pour laisser place à la new school suivante, alors que le metal old school observe la scène de haut et se marre. C'est que, lui, depuis quatre décennies (pour compter large), il a inventé le vocabulaire de base de tous ses sous-styles; puis il a agrandi ce vocabulaire, il en a travaillé les multiples applications, se régénérant sans cesse et conquérant à chaque fois de nouveaux territoires de jouissance musicale dans l'esprit du public; ce pourquoi il n'est pas prêt de s'éteindre. Or, les musiciens new school, souvent, qui sont-ils? Des gens qui n'ont jamais tiré grand chose de l'immense héritage culturel que construisent les créatifs de la "vieille" école. Des gens qui essaient tant bien que mal de créer du nouveau alors qu'ils connaissent trop mal ce qui existe déjà, alors parfois même qu'ils vont jusqu'à mal réutiliser les bases dont on leur a fait cadeau. Cela se repère en quelques secondes dans le jeu des guitares, sans style, sans saveur, sans relief, sans profondeur, voire, quand il s'agit de black metal, limité à une présence bruyante qui ne fait qu'épaissir ou grésiller le son. Bloodthorn n'a que partiellement échappé à la règle. On pêche assez régulièrement des guitares qui s'expriment vraiment, telle mélodie épique, tel riff viril qui rocke. Mais à d'autres moments on aimerait presque qu'elles arrêtent de jouer, tant elles apportent peu, pour laisser place aux claviers, alors éléments moteurs. Même remarque pour la batterie qui devient gênante, de temps à autre, surtout quand elle s'emballe un peu. Seulement les claviers relèvent très nettement l'intérêt de la galette. Et vous savez pourquoi? Parce que, tout simplement, le monde de Tolkien, ils nous y transportent! Du moins ils participent beaucoup à nous y transporter quand les autres instruments ne font pas de la figuration, et ils nous y transportent à eux tous seuls le reste du temps. On se retrouve au coeur des batailles, féroces. On se retrouve dans de pénibles traversées de terres désolées. Mais l'atmosphère est moins chargée d'une odeur de mort que d'un parfun d'enchantement, de magie, qui nous plonge dans ce monde comme on voyage au milieu de beautés littéraires ou cinématographiques, alors qu'on nous raconte probablement que tout va mal et que le monde est maudit, et qu'une cascade de maléfices s'abat sur lui, et que de très malveillantes créatures répandent le chaos, et qu'il ne reste plus qu'une personne, un chevalier élu, qui peut éviter le désastre à lui tout seul, et que ce chevalier, c'est vous. Votre mission, si vous l'acceptez, euh... attendez je crois que j'ai perdu le fil! Non non, le chevalier ce n'est pas vous. Votre rôle se limite à écouter et à déguster cette galette, à vibrer avec le chevalier dans les moments où il repart au combat, ou dans les moments de victoires, et à souffrir avec lui ensuite, quand la musique hurle de douleur, ou prend une consistance plus liquide, devient plus amère, avec un arrière goût de défaite parce que rien ne tourne comme prévu, ou dans les moments de regrets et de tristesse. Ou quand tout est foutu. Quand il n'y a plus rien à faire. Comme dans le tragique "Clouds of sadness", où une voix féminine narrative nous raconte à quel point c'est la fin. Selon le livret, ce serait la même voix qui chantait des "la la la" désespérés plus tôt dans le film... euh... plus tôt dans le disque. Contrairement à d'autres, quand elle chante "la la la" pour dire qu'elle est triste, je la crois. Bloodthorn a donc fait appel à une vocaliste à son image: sa musique ne fait pas dans la surenchère graisseuse de mélodies niaises et dégoulinantes, malgré sa nette ressemblance avec des groupes qui me font gerber. Bref, "In the shadow of your black wings" est un disque musicalement réussi, bien que métalliquement faible. Si vous êtes assez porté sur la new school, cet album est à considérer très sérieusement. Sachez toutefois que vous avez intérêt à faire autre chose en même temps que vous l'écoutez, ou alors à vous immerger au contraire totalement dans son atmosphère, car les compositions sont très répétitives et allongées. Ce pour quoi je n'accorde que 11/20 à ce disque au lieu de, mettons, un bon 14/20. Si vous avez au contraire des goûts bien métalliques, peut-être pourriez-vous y jeter une oreille quand même. Qui sait? Il m'a bien convaincu, moi, ce qui n'était pas gagné au départ.

Le dernier titre, caché sur la piste 66, est plus sévère que les autres. Comme son nom l'indique: "...with a bloodstained axe". C'est un titre très simple, au rythme hypnotique, qui s'ouvre sur des cris, et qui me fait penser à une agonie, une agonie dont le sujet, en train de basculer également dans la folie, serait en proie à des douleurs si insupportables qu'elles provoqueraient d'elles-mêmes leur propre anesthésie. Mais une anesthésie partielle seulement. Affreux. J'adore.