BLOODLET - The Seraphim Fall - 1998 ( Victory Records )

Tracklisting:
1 – Intro
2 – Whitney
3 – Dogman with horns
4 – Sister supreme
5 – Stew for the murder minded
6 – Shoot the pig
7 – Seven hours of angel food
8 – Seraphim
9 – Sawtooth grin
10 – Lamatations (in tribute to infamy)
11 – Your hours

19/20

Deux ans ont passé. En deux ans, Bloodlet a subi une bien surprenante mutation. Un guitariste en moins et un nouvel ingé son aux commandes, ça se sent. Commençons déjà par la production. Fini le côté sec et rugueux d’Eclectic et Entheogen. Le son, signé Dave Clark, est ici gras, sourd, pesant et oppressant. Plus saturé également. Impossible de trouver un disque de ce style bénéficiant d’une production similaire. Les guitares semblent s’être accordées plusieurs tons en dessous et avoir foutu le gain au taquet, enlevant de la pêche et de la précision mais créant une sorte de rondeur, de masse sonore compacte et enveloppante. Le plus étrange est cette impression de bourdonnement quasi permanent qui vient se greffer à la musique.
La musique maintenant. Bloodlet a évolué. Les structures des morceaux deviennent de plus en plus complexes et tortueuses. Le hardcore new school barré d’alors laisse la place à une espèce d’hybride noise métal unique, un ensemble lourd nous entraînant dans le sillon de la chute de l’ange. The Seraphim Fall est une chute continue s’étalant sur près d’une heure, une descente dans un monde effrayant. Mais la chute est longue, lente. Elle commence par une lamentation de guitares et un claquement de portière puis apparaît un riff tortueux (Whitney) qui semble tourner en boucle. Mais à bien s’y pencher, on retrouve le syndrome Entheogen, à savoir que rien ne tourne comme il faut, carré et droit. Les mesures se suivent mais aucune ne tourne de la même manière que sa voisine. Et pourtant ce sont les mêmes riffs. Sauf que Bloodlet s’amuse à décomposer le temps et à le recomposer à sa guise, à l’insu de tous. Mais de manière encore plus subtile et vicieuse que sur Entheogen. L’impression de descente est accentuée par l’apparition de mélodies clownesques mais angoissantes ainsi que de notes bizarres dont on se demande si elles sont jouées par une guitare ou un piano (Dogman With Horns). En ce début d’album, la chute se fait vertigineuse jusqu’au faussement rigolo Stew For The Murder Minded et son riff enfantin. Riff enfantin repris et distordu par un Shoot The Pig ô combien tordu. A partir de là, la lourdeur se fait davantage oppressante. Vous pensiez que Bloodlet tapait déjà fort au début de cet album ? Vous n’avez rien entendu. Les morceaux commencent à se rallonger, les structures deviennent encore plus sinueuses, les riffs s’enchaînent et avec une facilité et une intelligence déconcertante sans que l’on ne s’aperçoive de rien. Bloodlet arrive même à intégrer une espèce de plan grind ultra dissonant (Seraphim). Sawtooth Grin s’enchaîne à Seraphim, s’enfonce encore plus profondément dans les ténèbres en se permettant quelques incartades en son clair (pas le genre à faire tomber les filles le soir au coin du feu avec sa gratte sêche). Angelacos, qui braille comme un damné avec sa voix si caractéristique, se permet quelques expérimentations chantées. La guitare reprend ses lamentations de plus belle, donnant un semblant d’air au milieu d’un morceau terriblement éprouvant. Une ambiance quasi aquatique (qui tient plus du marais stagnant que de l’océan) se dégage en cette fin d’album. Enorme ! Mais ce n’est pas fini, les plans continuent à se succéder jusqu’à l’étrange Lamatation, sorte de bidouillage… dub… pour essayer de le décrire, avant de retomber dans le monumental Your Hours, longue épopée pré achevant ce voyage quasi mystique. Ceux qui ont tenu jusqu’à ce stade de l’album doivent frôler l’état de transe. Le morceau se termine. L’ange est-il arrivé au bout de sa chute ? Presque. Il faudra patienter pendant quelques minutes avant qu’un long morceau acoustique, à proprement parler terrifiant, ne vienne percer le silence et conclure en beauté (noire) un album dantesque.
Cerise sur le gâteau, malgré une pochette toute noire avec juste le logo (remanié) du groupe, l’heureux acquéreur de ce disque se verra en possession d’un superbe livret agrémentés de dessins bien flippants et d’une mise en scène très Reservoir Dogs de la part des musiciens. Les paroles, ponctuées cette fois, sont également imprimées mais n’en demeurent pas moins hermétiques, versant dans une sorte de mysticisme que j’avoue ne pas avoir creusé en profondeur.
Bloodlet signe ici un album monstrueux, unique qui s’avère être une véritable expérience sonore. The Seraphim Fall est un album d’une richesse inouïe qui regorge de surprises à chaque écoute. Culte !