BLOODLET - Entheogen - 1996 ( Victory Records )

Tracklisting:
1 – Brainchild
2 – Something wicked
3 – Annulment
4 – One and only
5 – Shell
6 – CPAI-75
7 – The triumph
8 – Eucharist
9 – 95
10 – CPAI-76

16/20

Victory records avait eu du flair en repérant Bloodlet et en rééditant leurs EP sous forme de CD discographie. Confirmation de ce reniflement bien senti (sans jeu de mot facile de ma part) avec ce premier véritable album au titre énigmatique d’Entheogen.
Démarrage sur les chapeaux de roue avec un Brainchild tendu comme un string. Bloodlet affine et affirme son style, se démarquant avec brio de tout le reste de la scène hardcore new school. Les guitares se font encore plus dissonantes et expérimentales, tapant dans des sonorités que les fans du label Amphetamine Reptile ne renieraient pas. La voix est radicalement hermétique, monocorde et perpétuellement hurlée. C’est peut être le principal point noir de cet album d’ailleurs. Mais dans un sens, le timbre si particulier d’Angelacos contribue fortement à l’identité de Bloodlet. Et puis il y a cette section rythmique et surtout ce batteur, quitte à me répéter de chronique en chronique. A défaut d’être un technicien exceptionnel, Charles King possède un jeu très personnel, plein de finesse et d’imagination qui apporte un plus non négligeable à l’univers de Bloodlet.
La traversée d’Entheogen est ardue, chaotique, Bloodlet jouant sur les cassures, les ambiances tendues et malsaines et les petites mélodies entêtantes. Et puis il y a ce ‘‘faux groove’’, cette impression que certains riffs sont fait pour faire mosher les kids mais quand on les écoute de plus près, on s’aperçoit qu’ils sont bancals, bourrés de contretemps tous plus louches les uns que les autres. Traversée difficile, donc, jusqu’à The Triumph, épique morceau de plus de 9min où Bloodlet se permet de taper dans le lourdissime et les parties rapides, très thrash. Mais c’est surtout la construction de ce morceau qui est hallucinante, avec ce passage central, instrumental, s’étalant sur plus de 6min comme si de rien n’était. Ça commence par une partie assez heavy où les guitares se répondent dans un dialogue à contretemps versant peu à peu dans la dissonance. Et progressivement on s’enfonce dans le morceau jusqu’à se retrouver au beau milieu d’un passage en son clair, très mélodique et apaisant pour enfin repartir sur le riff du début de morceau. Rien que ce morceau justifie la possession de cet album. A propos de possession, on ne peut qu’apprécier la superbe pochette, tableau représentant des créatures mi-anges mi-démons, apparemment bien torturées. Superbe objet. Les paroles ont l’air bien travaillées du bulbe également. Mais l’absence de ponctuation nuit à leur compréhension.
Bloodlet signe avec Entheogen un premier album de très bonne qualité, faisant fi des codes et gimmicks inhérents à la scène musicale à laquelle on peut les rattacher. Bloodlet expérimente, se donne les moyens d’explorer de nouveaux territoires sonores et d’enrichir ainsi sa musique. Malheureusement, à une époque où Snapcase et Earth Crisis tenaient le haut du pavé, difficile de se faire une place au soleil. Cet album passera relativement inaperçu. Il est grand temps de lui accorder l’attention qu’il mérite.