BLOODLET - Eclectic - 1995 ( Victory Records )

Tracklisting:
1 – Shell
2 – Cherubim
3 – Eucharist
4 – Husk
6 – The art
7 – One and only
8 – Untouchables
9 – Litany
10 – Undying
11 – New age 1993
12 – Sustenance
13 – Totem
14 – New age 1992
15 – Vicious cycle
16 – Conditioned to the pain
17 – Bloodlet

12/20

Compilation des quatre premiers EP du groupe, sortis en 1992, 1993 et 1994 (qui sont maintenant introuvables et élevés au rang d’objets cultissimes), Eclectic fait figure de parfaite introduction à la musique de Bloodlet. Et comme pour la plupart des discographies, Eclectic se déroule des enregistrements les plus récents aux plus anciens.
C’est pourquoi je commencerais ma chronique par la fin.
Dès les premières notes de Sustenance, difficile de ne pas penser à la nouvelle vague hardcore de l’époque. Les racines hardcore sont là mais viennent se rajouter quelques éléments metal. Ça a bien mal vieilli mais Bloodlet possède l’avantage de la primeur et surtout, et c’est tout à son honneur, venant d’Orlando, ne bénéficie pas d’une dynamique de scène comme il peut exister à New York et dans les états environnants. On passera sur cet EP.
L’enregistrement suivant intervient moins d’un an après, en Mars 1993. Bloodlet se dote d’une nouvelle paire rythmique dont le batteur Charles King. La musique du groupe prend alors une toute autre dimension. Bien que le style puisse se définir comme étant du hardcore new school, le terme étant alors très en vogue, Bloodlet tire largement son épingle du jeu en évitant les plan chugga-chugga à outrance. On retrouve le groove inhérent à ce style mais Bloodlet met tout en œuvre pour le transformer en quelque chose de malsain. Jump jump mais tord toi à la cheville à l’atterrissage. Les influences se croisent et s’entremêlent, le groupe proposant une sorte d’hybride entre hardcore, noise pachydermique et metal. New Age 1993, qui clôture cet EP, fait quant à lui plus figure de morceau mi-structuré, mi-expérimentation noise sur lequel vient se greffer la prose d’Angelacos. Le jeu de Charles King, très inventif, tire le groupe vers l’avant et un atout de poids dans le son de Bloodlet. La voix de Scott Angelacos, bien que difficile d’accès, donne également un cachet particulier à la musique de Bloodlet. La production de cet EP est très sèche, sans artifice, mettant particulièrement en valeur la batterie, malheureusement un peu au détriment des guitares.
Bloodlet retourne en studio deux mois plus tard pour deux nouveaux titres. Pas de changement fondamental dans le style si ce n’est une certaine rigueur rythmique annihilant toute velléités de groove. Les deux titres enregistrés deux mois plus tard sont dans le même style.
En revanche, le dernier enregistrement, datant de Mai 1994 et concernant les deux premiers titres de cette discographie, montre un Bloodlet encore plus aventureux, n’hésitant pas à casser le tempo (qui a nettement ralenti) et compliquer les structures de ces morceaux. Les guitares se font davantage dissonantes et une fois de plus, le batteur apporte énormément à l’identité du groupe avec son jeu sec et tendu.
Eclectic est un disque intéressant mais qui malheureusement pour lui, est sorti quasiment en même temps qu’Entheogen, premier véritable album de Bloodlet. Il a plus valeur historique et documentaire qu’autre chose. De plus, du fait de l’inégalité des morceaux (problème de la plupart des discographies), il demeure assez difficile d’accès et passé les premiers morceaux, une certaine baisse de qualité se fait sentir. A découvrir pour les plus curieux et aventureux d’entre-vous mais je ne saurais que trop vous conseiller de vous jeter sur les deux albums suivants. A défaut d’inventer ou de révolutionner un style, Bloodlet se paye quand même le luxe de jouer une musique qui ne ressemble à aucun autre groupe et tire son épingle du jeu face à une multitude de nouveaux groupes se pillant mutuellement riffs et idées.