BETHLEHEM - Dark Metal - 1994 ( Adipocere )

Tracklisting:

1 The eleventh commandment
2 Apocalyptic dance
3 Second coming
4 Vargtimmen
5 3rd nocturnal prayer
6 Funeral owlblood
7 Veiled irreligion
8 Gepriesen sei der untergang 9 Supplementary exegesis
10 Wintermute

14/20

Adipocere dans sa période la plus inspirée. La preuve que ce label n'a pas fait que dans la dentelle. En effet Adipocere c'est aussi, ou plutôt ce fut aussi, des groupes comme Spina bifida (et son doom death plutôt radical), Christ agony ou Bethlehem, signés à une époque où personne d'autre n'aurait voulu d'eux. Pour le cas Bethlehem, il faut quand même se rappeler que le premier album est sorti en 1994 et qu'à cette époque le death metal était partout (et déjà largement sur le déclin). La prétendue révolution musicale qui se préparait depuis un petit moment déjà en Norvège ne monopolisait pas encore la presse comme elle l'a fait à partir du règne de Cradle of filth (oh quelle horreur! le nom de ce groupe de clowns cité sur notre si joli zine! la subversion n'est pas loin...). On se doute alors que le public metal de l'époque aurait été un peu surpris d'entendre la musique de Bethlehem, un groupe en avance sur son temps puisqu'il est arrivé à, grosso modo, écrabouiller les groupes de black metal moderne sur leur propre terrain, et ce dès son premier disque. Certes aujourd'hui Bethlehem est plus ou moins considéré comme un groupe majeur (qualificatif excessif mais passons), mais il a fallu pour cela attendre les années 2000.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire l'introduction, Dark metal n'est pas un album de black metal. Il y a pourtant des points communs, et pas des moindres: les vocaux les plus criards, la crasse classieuse des mélodies, les passages rapides, qui ne sont pas si rapides mais qui donnent des sensations d'agression par un fou, de malédiction qui ne part pas au lavage et éventuellement de cataclysme (cf. le début du bonus track "Wintermute", issu comme l'autre bonus du 7" Thy pale dominion). Mais si tout cela est habituel lorsqu'on parle de black metal, le style est ici trop personnel et trop convaincant -- c'en est même effrayant parfois -- pour avoir été inventé par de simples mortels. Tous les groupes de démons à petites quéquettes qui n'arrêtent pas de disserter sur l'atmosphère fascinante qu'on devrait théoriquement retrouver dans tout groupe se réclamant du black metal feraient mieux de se renvoyer un petit Bethlehem dans les oreilles. Parce que souvent, quand on écoute leurs groupes "cultes" ou leur propre production, on se demande où est passée cette fameuse atmosphère.

En bref, ce n'est pas du black mais ça en donne des leçons. Mais au fait? Si ce n'est pas du black, c'est quoi? Indéniablement ce n'est pas non plus du death, malgré les growls ténébreux du plus bel effet. C'est du doom death peut-être. Du doom death à la fois "pur" et mélodique. Pur car, dans les passages lents, les gros riffs monolithiques, servis par un son bien lourd, donnent à Dark metal une puissance assez étonnante, même si elle pourrait sembler anodine aujourd'hui tant la scène "extrême doom" s'est radicalisée. Mélodique car, les mélodies à crasse classieuse évoquées plus haut pourraient autant figurer sur un album de black metal (plus inspiré que la moyenne) que sur un disque de doom death à petites fleurs. Si si! Mais moins "petites fleurs" que la moyenne quand même. Ca y est j'ai trouvé! Dark metal c'est de l'extrême black doom avec une pincée de petites fleurs et de piano, cf. l'excellent "Apocalyptic dance", long titre qui résume tout. Mais, par pitié, dark metal ce n'est pas du dark metal. Ce terme a été tellement utilisé à toutes les sauces pour désigner des groupes qui n'ont rien en commun (du mélange black/death à des bizarreries comme Elend, en passant par une sorte de gogoth metal un peu sombre) qu'il ne veut rien dire. Alors puisqu'il ne veut rien dire autant ne pas l'utiliser. C'était une petite mise au point au passage...