ATROCITY - Todessehnsucht - 1992 ( Roadrunner )

Track Listing :

1. Todessehnsucht
2. Godless Years
3. Unspoken Names
4. Defiance
5. Triumph at Dawn
6. Introduction
7. Sky Turned Red
8. Necropolis
9. A Prison Called Earth
10. Todessehnsucht (Reprise)
11. Archangel (Death cover)

18/20

Après un premier release bien tordu, chroniqué par ailleurs sur le site, sorti en 1990, Atrocity n’avait pas fini de s’illustrer dans le registre d’un death personnel et inventif. Dés 1989 et le ep « Blue Blood » le groupe avait clairement posé sa marque et son death, un peu dur à ingérer, servi par des musiciens de talents, dont un soliste bien inspiré.

Il a quand même fallu attendre le 1er album pour voir Atrocity délaisser les lieux communs qui entachaient sa musique. Ce 1er release, tout intéressant qu’il soit, m’a laissé un souvenir assez indigeste en même temps qu’une bonne impression de créativité. Un groupe de death avec son style ! En 1991 mes amis c’était déjà devenu chose rare en dehors des grands (Death, Entombed, Morbid Angel etc). On trouvait un coté un peu abstrait et austère avec un Atrocity plongeant ses compositions dans de courts méandres de riffs délivrés par des guitaristes, au passage ingénieux riffeurs et solistes inspirés. J’y apprécie un certain penchant pour la lourdeur. Pour autant, ce disque n’est pas ma coupe de thé même s’il est réellement respectable. Trop complexe et aride pour moi. La voix me rebutait à la longue un peu car trop éraillée. Par contre ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce disque n’est pas de la branlette technique…pas du tout !

A peine deux ans plus tard, les Allemands reviennent très fort avec ce Todessehnsucht !

Une intro avec instruments classiques du meilleur effet, pas de grandiloquence mais de l’éloquence, de l’expression. Des guitares viennent soutenir les accords apportant un feeling doomy du meilleur effet avant d’entamer ce qui est un vrai titre, simple, chargé du feeling qui manquait parfois au groupe. Ce coté tragique n’est pas pour me déplaire d’autant plus que M Röderer instille discrètement un lick du meilleur effet. Suit « Godless Years » qui est pour moi ce qu’Atrocity a pondu de meilleur. Tourmenté, non conventionnel, avec en plus Alex adoptant une voix plus profonde et dérangeante en accord parfait avec la musique. Le tempo est un peu plus lent que sur « Hallucinations » et cette pesanteur donne tout son charme à cet album. Les soli de ce titre, s’achevant lourdement, sont tous, enfin, conduits par le feeling comme sur l’intervention cristalline simple et si excellente sur le titre Necropolis.

Si on retrouve le coté cassant et saccadé, Atrocity réussi l’exploit de le faire de manière fluide (je me comprends), moins forcée. On est quasi constamment, pris à l’écoute de ce cd. Parfois contre intuitive, la musique d’Atrocity nous force à entrer dans leur conception mélodique et leur enchaînement de riffs. Jamais on a le sentiment de se farcir un passage obligé pour un album de death. Même lors d’accélérations plus classiques ou de passages mutés lourdingues, il y a toujours un petit quelque chose de personnel, de propre à cet album, que ce soit un apport des guitares, un soutien rythmique, une façon de délivrer le riff. Ecoutez par exemple, le riff d’intro de « Necropolis », tendez bien l’oreille et régalez-vous des suites d’accords terminant le riff une fois sur deux ; percevez les dissonances.

Le son n’a absolument pas vieilli à mon sens, restant puissant, donnant sa place à la basse et du meilleur effet lors des blasts. Les textures des guitares permettent d’apprécier pleinement les harmonies maladives du duo Röderer/Scharf, auteurs de cet album parfois atmosphérique, souvent interrogateur et narratif. Les compositions sont moyennement complexes mais bien faites car on plonge vraiment dans des titres ou quasi chaque élément a sa raison d’être.

Atrocity prend bien soin de laisser à l’auditeur des passages plus catchy, puissant, parfois presque thrash, et transcende pour moi son premier release car ils ont à mon sens arrêté de vouloir en faire trop. Attention si ce disque est riche et ciselé, on est bien en présence d’un album de death : sombre, violent et non exempts de moments de grasses bourrineries comme sur « Triumph At Dawn ». Mais le sérieux du groupe et son goût de l’abstraction élève carrément le débat. Lorsqu’il s’empare d’un thème de Wagner et ajoute des instruments à cordes sur « When the sky turns red », on tombe dans le classieux mais pas le pompeux.

Coté lyrics, je touche juste un mot sur un pseudo concept d’homme délaissé des dieux, emprisonné sur terre qui va finir par avoir envie de dépérir, d’ou là, maladroite si il faut en croire le groupe, traduction, obligatoire pr le marché US, de Todessehnsucht en « longing for death ». Bon ça vaut ce que cela vaut, certes, mais voici donc un groupe qui quand il écrit un album le fait entièrement.

Ce disque mérite à mon sens d’être qualifié de réponse européenne à un « blessed are the sick » de Morbid Angel. Très personnel, inventif, sérieux et crédible, le groupe pose carrément un style et apporte vraiment quelque chose au death metal. Attention, à l’instar de « Hallucinations », le death d’Atrocity n’est pas un death qu’on assimile rapidement., Il faudra lui donner du temps, ou plutôt vous donner du temps, pour rentrer dans leur musique. Par contre, histoire de résumer mon point de vue, c’est fait ici de manière plus fluide et mature, avec, disons le tout simplement, la classe. La personnalité du groupe, son coté unique est flagrant. Se dégage un sérieux et une ambiance assez unique au long de cet album pour moi intemporel. La cerise sur le gâteau : une reprise excellentissime de Archangel, un titre des démos de Death remis au goût du jour avec succès. Précision importante aussi, Atrocity n’a plus grand chose à voir aujourd’hui.

Inutile de dire qu’à l’époque le groupe n’avait rencontré qu’un succès d’estime sur la scène internationale, trop occupée par les âneries d’un Deicide. Moi-même j’avoue qu’une écoute rapide m’avait laissé de marbre au début. A vous de faire preuve de plus de jugeote ! Et si vous êtes trop frileux, rappelez-vous la chronique de Possessed…TSOTL…le gode ceinture…la punition…vous voyez le topo !