ATROCITY - Hallucinations - 1990 ( Nuclear Blast )

Tracklisting

1. Deep in Your Subconscious
2. Life is a Long and Silent River
3. Fatal Step
4. Hallucinations
5. Defeated Intellect
6. Abyss of Addiction
7. Hold Out (To The End)
8. Last Temptation

18/20

Il est impossible de se lasser de cet album, 15 ans après sa sortie il tient encore la route et soutient aisément la comparaison avec les productions actuelles. Le death metal proposé sur "Hallucinations" est complexe, dynamique, intelligent, énergique, technique, lourd, brutal !
Atrocity s'en donne à cœur joie et alambique ses morceaux, les emplit de multiples cassures dans les lesquelles il est jouissif de se laisser tomber surtout quand elles sont un agencement de notes lentes et vicieuses dont le mélange s'avère très dérangeant ("Hallucinations").
Le groupe est ambitieux sur cette première galette (il le sera tout autant sur la suivante…) et cherche à densifier sa musique en imaginant des plans concis, se répondant rapidement, d'autres désarticulés qu'il n'aurait pas été étonnant de retrouver sur le monstrueux "Obscura" de Gorguts ("Hold Out"). Pour ne pas être repoussant, Atrocity soigne également ses moments les plus accessibles en balançant des riffs plus "basiques", redoutables d'efficacité et de puissance.

Michael Schwarz, très inventif derrière ses fûts, remplit tout son espace et donne une vie épileptique à cet album, son jeu est extrêmement varié et maîtrisé et cette étonnante diversité des patterns rend l'écoute d'Hallucinations" absolument passionnante. Les contre-temps sont rois dans ce bouillonnant assemblage de riffs courts et frénétiques supportant aussi bien des blast fulgurants que des tempos suprêmement lourds.
Atrocity nous régale de breaks surprenants, d'accélérations furtives, de plans parfois déroutants quand les riffs en palm mute sont montés de façon anormale (ces harmonies étouffées et biscornues seront développées sur le second album), et de compositions tout simplement riches ! Nous sommes à une époque où la vitesse n'est pas encore la raison d'être du style et les groupe prenaient encore soin de leurs compositions afin que celles-ci soient captivantes, souvent imprévisibles et surtout jamais linéaires.

Cet opus est également l'occasion de se laisser agresser par les délires du soliste, Mathias Roderer, génie méconnu qui largue des amas de notes maladives s'agitant difficilement sur d'étranges progression d'accords. Il inonde l'album de ses interventions absolument uniques, totalement inhabituelles dans le choix de gammes torturées (écoutez le solo de "Hold Out", subissez la première note douloureuse de celui de "Defeated Intellect", encaissez la descente souffreteuse d'Abyss Of Addiction"et vous comprendrez à quel point quelques notes peuvent installer le malaise). Eruptions soudaines de disharmonie, cascade de dissonance mélodique…

Quelques notes de claviers bien morbides viennent parachever l'œuvre baignant dans une ambiance "insalubre" imposée par le concept global de l'album (l'histoire tragique d'une jeune fille qui grandit mal après avoir été violée par son père à l'âge de 4 ans, elle ne pourra pas gérer le fardeau durant son adolescence, sombrera dans la drogue et finira par mourir d'overdose, incomprise, abandonnée, rejetée !!! Pas de doutes, ces mecs sont les rois de la fête.)

La production made in Morrisound Studio n'a pour une fois pas vieilli et rend pleinement hommage à cette œuvre magistrale. Le son dynamique est parfaitement clair, tout est audible (même la basse !) et la batterie sonne naturelle comme on aime.

Vous l'aurez compris, Atrocity signe là un énorme album de death metal qui mérite une place de choix dans toute bonne cd-thèque…à côté d'Altars of Madness par exemple, c'est dire ..