ASVA - Futurists Against the Ocean - 2005 ( Mimicry )

Track Listing :

1. Kill the Dog, Tie Them Up, Then Take the Money
2. Beyonsense
3. Fortune
4. By the Well of Living and Seeing

17/20

A l’heure où n’importe quel crétin équipé d’un arsenal d’amplification faisant passer Manowar pour un groupe de folk acoustique pense devenir le prochain Sunn O))) / Stephen O’Malley, il est encore heureux de voir que certains ont compris que le drone ne se limitait pas à un larsen foireux de 25min, l’ampli réglé sur 11.
Remercions donc ASVA, groupe au line up prestigieux (ex Burning Witch, Sunn O))), Mr Bungle, Faith No More), de nous démontrer que ce genre musical, à priori à la portée d’exécution de n’importe quel neuneu, n’est pas si facile à composer et jouer que ça.
Après avoir déversé mon fiel sur la nouvelle hype drone doom mes couilles sur ton nez, parlons maintenant de ce bel objet.
‘‘Futurists Against The Ocean’’ n’est pas à aborder comme un album classique mais plutôt comme un voyage initiatique. Oh oui ça sonne cliché ! Oh oui il y en a plein des groupes et des albums ‘‘initiatiques’’. J’en ai pleinement conscience, vous croyez quoi ? ! Mais bon, autant argumenter et justifier ce cliché. Ce côté initiatique, voir même cinématographique pour la forme, s’explique d’une part par la construction tout en progression, comme si la musique d’ASVA était scénarisée. Cette impression « B.O.F » était déjà présente sur leur split LP avec Burning Witch. Bref, la construction… L’album commence par un premier titre lancinant (surprenant, non ?), organisé comme une longue boucle de 14min ou se superposent vrombissement de guitares et de basse, nappes d’orgue Hammond et rythmique martiale et éparse. L’Enfer nous ouvre ses portes. Pénétrons le corridor. L’histoire se corse, l’intrigue se développe à coup de riffs et de nappes chaotiques. On se sent absorbé, aspiré. ASVA signe là un morceau inconfortable ou les guitares mugissent, rappelant par moment le 00Void de Sunn O))). Ambiance chtonienne, crade, suffocante. Pas facile. C’est pas ce qu’on cherche, on s’en fout. Continuons la progression. La Fortune nous tend ses bras et l’ambiance se pose, tout doucement. C’est toujours instable mais beaucoup moins agressif et suffocant. On pénètre un nouvel univers, suite et progression logique des précédents. Progressivement la voie de Jessica Kenney apparaît et se met en place. Voix lyrique, transperçante mais tellement en osmose avec le drone continue des instruments. Tout l’intérêt de morceau est là. On sent qu’on approche de quelque chose d’énorme. C’est perceptible mais pas encore là. Il faudra attendre le dernier morceau pour qu’ASVA laisse éclater toute sa superbe et propose un incroyable ‘‘By the Well of Living and Seeing’’ où les (oui, LES) voix de Miss Kenney se marient à la perfection avec les riffs de ses camarades, le tout au service d’un vrai morceau, au sens classique du terme. Car ASVA sait écrire de vrais morceaux, qui évoluent, avec des riffs, rythmes et structures. Et si le futur du drone était de pouvoir écrire de vraies chansons ? Si c’est le cas, ASVA se positionne parmi les exemples à suivre et arrive à renouveler un genre au potentiel extraordinaire mais qui semble tellement engoncé dans un rigorisme inamovible (la faute à qui et à quoi ?). Bref, tout ça pour dire que ce ‘‘By the Well of Living and Seeing’’ est une véritable merveille, véritable apothéose d’un album tout en progression et en nuance, instigateur d’un vrai scénario sonore, chose suffisamment rare pour être soulignée.
Et histoire de finir encore plus en beauté, l’objet est présenté sous la forme d’un splendide digipack en carton retourné et sérigraphié d’une illustration signée O’Malley.
Le genre d’album qui semble passer inaperçu et dont on reparlera dans 10 ans. Du moins j’espère.