ANENZEPHALIA - Noehaem - 2003 ( Tesco )

 

16/20

C’était fort de l’expérience engrangée lors d’écoutes douloureuses et répétées du live sorti chez Death Factory que j’ai acquis, et après avoir quand même écouté un mix des groupes proposés par Tesco pour la tournée God Blasts America (après le 11 septembre), le vinyle « Die Sender Mûssen Schweigen ». Coupant avec le style musclé et monodimensionnel du live, ce release proposait un Anenzephalia plus calme et froid, une sorte d’ambient industriel mais différent de celui parfois pratiqué par Genocide Organ. « Noehaem », nouveau monde, à priori austère, tant au niveau du package que de la musique, poursuit dans cette direction.

On ouvre sur le titre le plus naturel, le moins machinal/machine-esque, offrant une mélodie entêtante qui sera répétée jusqu’à plus soif et à peine déclinée à la fin du morceau. Le second titre est très proche du 10’’, les percussions soutiennent la cyclité du sample, monotonie marquée par des crépitements, feedbacks et autres bruits blancs mais surtout cassée par la voix filtrée, froide et sans appel, de B Moloch.

Le 3eme morceau renoue un peu avec la tradition déchirement sonore rythmé par un battement genre bidon d’essence. L’intervention d’oscillations, marquant presque une mélodie inquiétante, apporte la touche hypnotique, grande constante de tout l’album, à ce titre. Comme sur pas mal de titres, une écoute concentrée est nécessaire pour percevoir toutes les intrusions de bruits divers et autres crépitements ! Le morceau suivant est basé sur une sorte de rugissement sourd bidouillé, toujours marqué par des percussions froides et…industrielles. Il est peut être le plus dur du tas ; là on est au cœur de la mécanique froide et post industriel de Anenzephalia, qui flirte ici avec le noise sans concessions.

Le ton plus inquiétant, grande réussite du cd, reprend par la suite avec un titre froid, toujours et encore, sorte de mise en vie d’un monde mécanique, les machines prenant doucement vie. Le son strident rythmant le morceau comme une sorte de sirène suivant le tempo d’un projecteur tournoyant de mirador (j’me comprends) est le vecteur de l’aspect angoissant du morceau. On recasse ensuite un peu comme entre la 3 et 4 sur titre plus dur, pourtant doux prémice au déluge de distorsion ouvrant le 7eme morceau, déluge vite couvert par quelques notes aussi joyeuses que celles ouvrant l’album. Le contraste entre cette mélodie, apaisante, bien que sombre, et la dureté du bruit ultra strident, confinant à la torture auditive, en sous jacent est réussi. Mais ce qui est « marrant » c’est que l’on en vient à regretter ce bruit lorsqu’il nous laisse seul face à ces notes déprimantes et à cette voix filtrée.

La conclusion logique de ce voyage dans cette nouvelle patrie post apocalytique effrayante est un retour sur le premier morceau mais subtilement changé, sonnant un peu faux et reverbé, comme si quelques chose s’était cassé dans la machine pendant ce voyage. L’ironie est poussée jusqu’à l’intrusion d’un petit speech sur le travail en usine dont les derniers mots « industrial development » seront repris en boucle pour terminer ce release. Sous des abords durs, si l’on tend l’oreille, on perçoit pas mal d’éléments dans les murs de sons employés et un coté atmosphérique/ambient menaçant assez réussi. Ce coté, cassant avec la pure agression sonore, coupler à une durée des morceaux raisonnable, pas de marathon, fait pour moi la force de ce cd que je ré-écoute avec intérêt de temps en temps depuis sa sortie.


Anenzephalia nous envoie donc des signaux émanant de la profondeur d’un nouveau monde froid et mécanique, parsemé de temps à autres de voix filtrées, seule touche humaine présente. A l’image de la couverture en fait, figurant des silhouettes perdues, dont une tient un drapeau à planter sur un territoire métallique lisse, éclairé d’une lumière synthétique blafarde faisant office de soleil. Après je vous rassure, il n’est pas besoin non plus de se pignoler en métaphore pour apprécier « Noehaem » : si vous aimez ce qui est froid, sombre et à base de sons « inamicaux » et « industriels » cela suffira amplement.