VOIVOD - Rrröööaaarrr - 1986 (Noise)

Tracklisting:
1. Korgüll The Exterminator (4:57)
2. Fuck Off And Die (3:37)
3. Slaughter In A Grave (4:05)
4. Ripping Headaches (3:12)
5. Horror (4:12)
6. Thrashing Rage (4:33)
7. The Helldriver (3:43)
8. Build Your Weapons (4:45)
9. To The Death (5:08)

13 / 20

Avec ce deuxième méfait, Voivod enfonce le clou et radicalise son propos pour rester dans la course au titre du groupe le plus bruyant de l'univers. On ne saura contester leur crédibilité à l'écoute de ces 9 brûlots d'une totale sauvagerie qui sont autant d'hymnes au chaos et à la violence. Alors bien sûr les groupes à la démarche similaire sont déjà bien nombreux à l'époque et grossissent régulièrement les rangs des courants crossover et metal extrême, mais on ne saurait rattacher Voivod à l'un ou l'autre. Ils empruntent au punk/hardcore l'attitude nihiliste, la production crue, en laissant de côté tout commentaire social ou politique. Du thrash Voivod conserve les soli de gratte, la façon de structurer les morceaux, les tempos rapides mais ne tombe pas dans la course au speed, Away préférant un martèlement surpuissant de la double grosse caisse façon Motorhead (l'étalon Overkill) à la vitesse brute.

En gros le groupe a une approche directement dérivée de Venom, mais l'idéologie va plus loin. Venom glorifie le blasphème sous des formes bien concrètes comme les sciences occultes, le sexe ou encore les drogues avec le but évident de bousculer des codes moraux. Conscients que la molestation de l'establishment doit rester l'apanage de ceux qui sont assez mainstream pour pouvoir se faire entendre des masses, les Voivod sont plus abstraits dans le sens où ils nous plongent dans un monde souterrain, mi réel mi imaginaire, avec des lyrics qui clignotent entre la description d'un mode de vie nihiliste barbouillé de metal attitude et celle d'un futur très "no future" (héhé) mais tout de même plausible et à la mode en ces temps de guerre froide, c'est le thème désormais cliché du monde post apocalyptique, complètement fucked-up où les survivants se regroupent en gangs qui se livrent des guerres sans merci pour le contrôle des dernières ressources, tout en essayant d'échapper à un exterminateur tout puissant (Korgüll) qui les considère tous avec un égal mépris.

Du chaos, encore du chaos, toujours du chaos donc. La musique (de même que les looks des zicos) colle on ne peut mieux à cet aspect visuel, presque cinématographique qui émane de Voivod. Le mix fait la part belle à la batterie façon marteau-pilon bloqué sur la case "double" et à la voix assez phénoménale d'un Snake complètement irradié (en net progrès par rapport au 1er album), bon pour un aller simple vers l'asile. C'est simple, là où Venom faisait Aaarrrggghhh, Voivod fait RRROOOAAARRR ! Pour rugir de plaisir à l'écoute des Korgüll The Exterminator ou Ripping Headaches, ou headbanguer comme un autiste sur les appels à l'émeute que sont Build Your Weapons ou Helldriver. Jouissif pour sur, mais sur le long terme tout ça sonne très adolescent et pourrait presque passer pour naïf si ce n'était l'énergie impressionnante déployée par les musiciens. On pourra alors se rabattre sur les rares et très vagues tentatives, probablement subconscientes, d'organisation de Piggy au milieu du bordel qu'il contribue largement à générer avec sa gratte. De même pour ces quelques timides dissonances qu'il plaque parfois entre deux power chords... Simples prémisses d'un style encore en gestation et qui n'osera exploser que sur le release suivant par ailleurs chro-niqué dans nos pages.

Ce Rugissement est il donc une relique de musée ou un genre de blast from the past ? Sûrement pas le premier en ces temps de old school revival où des thrashers de 19 ans arrivent à sonner et s'habiller comme s'ils jouaient ce style depuis les 80s, quant au deuxième c'est plus dur à dire...pas que ce skeud ait franchement mal vieilli mais dans le genre destroy on a vu au moins aussi bien depuis, autant dans des courants comme le grind/crust que chez Voivod eux-mêmes. Mais si en plus de tout ça vous appréciez les ambiances à la Mad Max et les délires cyberpunk allez y les yeux fermés...