Saint Vitus - Born Too Late - 1986 - ( SST)

Tracklisting:
"Born Too Late"
"Clear Windowpane"
"Dying Inside"
"H.A.A.G. (Hell Ain't A Game)"
"The Lost Feeling"
"The War Starter"

17/20



Bien que toute la discographie de St Vitus mérite qu'on s'y attarde, Born To Late occupe une place à part. Et pour qui aura eu la chance de les voir sur leur récente (2009) tournée européenne, cette affirmation ne laissera en aucun cas perplexe. St Vitus est un de ces trop rares groupes qui font plus que de la musique. Ou devrais-je dire, un de ces groupes qui fait moins que du théâtre, costumé ou non. Qui ne pratique pas une musique brutale, mais la pratique avec une honnêteté brutale. Au beau milieu d'une décennie pour toujours marquée du sceau "coke, sexe, spandex & dieu dollar", St Vitus tout comme voire plus que les punks de l'époque, fait figure d'épouvantail absolu. Le morceau titre montre d'ailleurs qu'ils en ont bien conscience et qu'ils l'assument complètement. Mieux, ils érigent le rejet social en mode de vie.

Rarement l'adage "less is more" n'a été moins galvaudé. Sans la moindre trace d'artifice lyrique ni instrumental, St Vitus transpire, exhale, pisse l'essence même du doom : la lassitude dans ces longs accords lancinants, le découragement (The Lost Feeling, sans blague ??), l'impuissance à changer les choses ("I can't control my addiction..."), la déchéance physique et morale (le terrible "Dying Inside", les soli bruitistes très "Kerry King meets Jimi Hendrix" de Dave Chandler)...

Tout ça est sublimé par la voix bluesy et plaintive de Wino mixée plutôt devant l'instrumentation discrète, comme une sorte de cri dans un désert infini de solitude, cri auquel vient répondre (rarement) un écho fantomatique de mélodie de gratte. A noter quand même, et heureusement pour l'auditeur qui s'apprêtait à se passer une corde au cou, St Vitus met aussi à contribution l'influence Black Flag sur des sursauts d'instinct de conservation, avec les plus pêchus H.A.A.G. ou Clear Windowpane, ce qui insuffle un semblant de dynamique à l'ensemble.

Une SG et une wah dans un 4x12 Marshall, une batterie mate, et une basse encore plus minimaliste que le tout réuni. Quelques micros pendent dans la salle, un doigt presse le bouton "REC". Peu ou pas d'overdubs. Pas d'édition, pas de noise gate. D'ailleurs, il n'y a pas de producteur non plus. Voilà pour le son. Pour le reste... arrêtez de lire et allez écouter !