Portal - Seepia - 2003 (Ordo Decimus Peccatum)

Tracklisting:
1. Glumurphonel
2. Vessel Of Balon
3. Tempus Fugit
4. Sunken
5. Atmosblisters
6. Transcending A Mere Multiverse
7. Antiquate
8. The Endmills

14/20

Si vous aimez le death metal lugubre et torturé d'Immolation, vous vous souvenez sans doute de l'intro mémorable qui ouvrait le meisterwerk 'Close To A World Below' : une sorte de maelstrom de guitares sursaturées, plus violées que jouées, égrainant de déchirants arpèges cacophoniques donnant l'impression de se faire aspirer dans un vortex multidimensionnel qui débouche directement sur les marécages les plus nauséabonds de l'enfer. Voyez le tableau ? Hé bien maintenant, rallongez cette intro d'une bonne demi heure et vous aurez un aperçu de l'effet provoqué par l'écoute (à froid) de ce premier album des australiens de Portal.

Bien que les blasts soient légion et les guitares en trémolo quasi permanent, Portal ne propose pas la musique la plus brutale ou rapide de l'univers (sans quoi la chronique se serait arrêtée là). En revanche j'ai rarement entendu quelque chose d'aussi laid. Niveau son déjà, les guitares bavent, la batterie semble émerger d'une grotte façon doom (réverb sur la caisse claire). La production est lo-fi, mais pas à la trve beumeu car il y a un peu de profondeur dans les basses fréquences. La voix est clairement death. Peu démonstrative, elle se veut froide et narrative. Les riffs sont positivement horribles. La musique est franchement cacophonique et pas évidente d'accès, mais le groupe n'est pas stupide et sait ménager ses effets pour donner un fil directeur à son bordel organisé, et mine de rien aussi pour cultiver l'envie d'y revenir chez les quelques masochistes qui s'intéressent à ce type d'exercice... des samples introduisent parfois les morceaux mais je retiens surtout du "vrai" riffing sur les excellents 'Transcending A Mere Multiverse', 'Glumurphonel' ou 'Vessel Of Balon' (avec son petit passage tout droit sorti d'Altars of Madness' ). Des moments de clarté relative qui permettent à Portal d'échapper à l'étiquette du groupe à gimmick, mais un peu de justesse quand même (paroles et visuels certes soignés et originaux mais un peu surfait à mon goût). Passé l'effet de surprise initial, je dois dire que ce sont surtout ces éléments qui retiennent mon attention, devant dire que je ne suis pas adepte de la préparation mentale avant l'écoute d'un album (du style mater un film ou un bouquin d'horreur avant pour mieux me plonger dans un concept dont j'ai rien à secouer en temps normal).

Marrant mais la démarche du groupe me fait un peu penser à celle des débuts de Carcass, le côté déjanté en moins, mais de par cette volonté de faire différent et cette musique d'une totale laideur, présentée dans un emballage (la prod') infect et dégoulinant qui tache les doigts et les chaussures... pas forcément rébarbatif quand on a le talent qui va bien, ça semble être le cas de ce groupe qui confirmera ses qualités sur l'album suivant, le très atmosphérique et flippant Outre (ou Outré ?). Espérons qu'ils ne tomberont pas dans la caricature estampillée du label facile d'horror metal, mais pour l'instant réjouissons nous qu'un groupe de death propose enfin une alternative entre br00tal et old shool worship/rip off.