OPETH - Orchid - 1994 ( Candlelight records)

Tracklisting:
1 In mist she was standing
2 Under the weeping moon
3 Silhouette
4 Forest of October
5 The twilight is my robe
6 Requiem
7 The apostle in triumph

14/20

Oui, Opeth a bel et bien mérité d'entrer dans l'histoire du metal. En tout cas dans l'histoire du metal progressif. Dans celle du metal atmosphérique progressif ? Dans celle du metal atmosphérique progressif forestier ? Oui, c'est plutôt ça. Opeth est le meilleur groupe suédois de metal atmosphérique progressif forestier. Exactement. De tous les groupes de metal progressif forestiers formés en Suède en 1990 et ayant une piste 3 au piano sur leur premier album, Opeth est le meilleur. Quand on est capable d'inventer un style à soi, tranchant radicalement avec l'air du temps, bref, quand on est le premier à faire quelque chose, on entre forcément dans l'histoire. Et tant pis si la musique n'est au fond pas si géniale que ça. Premièrement, ces gros vocaux criards, qualifiés de quasiment black par tous les incultes du webzinat, hurlés comme portés par un vent violent, sont d'un goût très douteux. Akerfeldt n'a jamais été un vocaliste exceptionnel, mais alors sur Orchid, qu'est-ce qu'il peut taper sur les nerfs ! Par moment on voudrait qu'il se taise pour pouvoir profiter d'une musique qui, légèrement gâchée par cette gorge zélée, semble tout de même bien plaisante. Plaisante mais pas spécialement dynamique. Soporifique serait-il un terme exagéré ? J'ai bien peur que non. Ce n'était pas interdit, même entre 1990 et 1994, d'enregistrer des "chansons" calmes de dix minutes destinées à un public alors plus habitué à des formats traditionnels et aux courses de vitesse. Mais là, chaque chanson est une succession d'ambiances, chaque ambiance aurait pu être une chanson à part entière, et l'ordre de ces petites chansons aurait pu être modifié sans changer fondamentalement l'album. En plus il faut voir comment chacune de ces ambiances s'allonge, toujours de la même manière d'ailleurs, alors que certaines auraient mérité quelques coups de ciseaux ou un peu plus de dynamisme.

En parlant de dynamisme, l'intro est trompeuse. Elle laisse supposer que le disque est moins sombre que ce qu'il est, mais surtout qu'il est beaucoup plus entrainant, agité, échevelé, audacieux dans sa construction, bref, progressif ! Seulement ici, du progressif on a retenu essentiellement les redondances et un certain sens des mélodies et des atmosphères. C'est vrai que ce n'est déjà pas si mal. La musique est intéressante. Foncièrement sombre et automnale, mais pas caricaturalement dépressive, elle sonne comme une ode à la nature. Les guitares, en bois ou énervées, mènent la danse. Ce sont elles qui donnent le ton et l'humeur, elles qui décident s'il est temps de se plaindre dans des harmonies qu'on croyait réservées au doom death mélo, s'il faut plutôt folkloriser en rythme, s'il faut atmosphériser la peur d'une nature parfois inquiétante (Under the weeping moon), ou bien, plus rarement, s'il faut jouer dans la cour des grands, avec quelques passages plus recherchés et enfin vraiment audacieux. La deuxième partie de l'intro du disque est de cet acabit. Le rythme et le lead s'emballent et s'envolent en tournoyant dans un style inhabituellement fin ; l'auditeur ne peut que les suivre. L'intro du dernier titre ainsi que l'instrumental silhouette genre "il y a un fantôme dans mon piano" sont de loin ce que Opeth a fait de mieux sur cet album, et peut-être même ce que Opeth a fait de mieux tout court. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils ne sonnent pas comme du Opeth ! Opeth normalement, c'est plus pataud.

Il n'y a qu'à constater, aujourd'hui, l'évolution qu'à eu le groupe. Opeth a été surestimé dès ses premiers albums à cause de son originalité. Il a acquis, lentement mais sûrement, un public fidèle qui n'a compris que les traits les plus évidents de sa musique, et qui attendait du groupe une évolution certaine. Opeth se devait donc de se renouveler à chaque fois, malgré sa marge de manoeuvre plus limitée qu'il n'y paraissait, et s'est ainsi retrouvé enfermé dans un style musical qui n'a théoriquement aucune limite. Paradoxal, isn't it ? Le résultat est une musique de plus en plus aseptisée et conforme, au fil des albums, à ce que le public attend. Certains, de moins en moins nombreux je suppose, entendent à chaque sortie leur dose de nouveauté, alors que d'autres plus avertis bloquent sur les grosses ficelles devenues vraiment trop grosses (relisez au besoin la chronique de Blackwater park présente dans les parages)

Si Orchid s'en sort aujourd'hui avec un très honnête 14/20 sur notre exigeant webzine, ce n'est donc pas seulement parce que le plaisir que l'on a à déambuler dans ces paysages musicaux nous fait relativiser les défauts de la démarche du groupe (grrr... ce chant !) C'est aussi parce que, en 1994, le style d'Opeth avait encore toute sa fraîcheur et toute sa sincérité. Limité mais pas formaté.