Ozzy Osbourne - Blizzard of Ozz - 1980 (Jet)

Track-listing :
1. I Don't Know
2. Crazy Train
3. Goodbye To Romance
4. Dee
5. Suicide Solution
6. Mr. Crowley
7. No Bone Movies
8. Revelation (Mother Earth)
9. Steal Away (The Night)

16/20

Cocaïnomane, alcoolique, gros, ruiné, sans groupe ni contrat. En 1979, après son limogeage de Black Sabbath, Ozzy Osbourne n'est plus qu'une loque à tendances suicidaires, un has been issu de l'époque des dinosaures du rock. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais une série de rencontres opportunes permettra au bonhomme d'accoucher à l'aube des eighties de deux classiques absolus du hard rock, et au jeune guitariste Randy Rhoads de graver son nom à jamais sur le panthéon des grands guitar heroes (après un passage sans grand intérêt au sein de Quiet Riot). Enregistré avec peu de moyens comparé aux dernières sorties du Sab', Blizzard Of Ozz témoigne de la faim qui habite ses concepteurs et s'arrache à la masse à la force de ses compositions. La rythmique de Lee Kerslake et Bob Daisley (qui écrit la plupart des lyrics) est un mélange de complexité et de puissance, servi par un son sec et brut. Une base idéale pour un Rhoads qui s'il ne se lâche pas autant qu'en live, s'en donne tout de même à coeur joie. Chacun de ses solos sont depuis devenus des pièces d'anthologie, évitant avec panache le piège de la démonstration pour magnifier chaque compo, dans une fusion parfaite d'éducation classique et de rock'n'roll attitude, un peu comme Brian Robertson (Thin Lizzy) avant lui. Un style unique et novateur, aussi éloigné de Tony Iommi que d'Yngwie Malmsteen, servi avec un son non moins unique et novateur. Mélange de fluidité et d'agressivité, Randy définit presque à lui seul le son hard rock des années à venir (quoique, Van Halen...), des deux côtés de l'Atlantique et aura aussi un impact important sur des mecs comme Dime Darrell et Kirk Hammett.

Le jeune homme est ainsi à l'aise dans tous les registres : ambiances "good time rock 'n roll" (No Bone Movies), hypnotique (Suicide Solution), progressivo-classique (Revelations), classique tout court (Dee)... Je pourrais ainsi continuer pendant des pages à disséquer le jeu de guitare de Rhoads, mais ce serait passer à côté de ce qui rend cet album si marquant : le songwritting. L'alchimie entre Osbourne et son homme providentiel de guitariste fait merveille sur les tubes Crazy Train, I Don't Know ou Mr Crowley. Elève du conservatoire et guitariste classique confirmé, Rhoads a donc appris à souffler le chaud et le froid, asseyant la structure des titres en combinant les registres mineur/majeur, ce qui laisse à Ozzy, fan des Beatles devant l'éternel, tout le loisir de coucher ses sublimes lignes mélodiques de sa voix plaintive, fatiguée, érodée par les excès mais tellement émouvante (Ronnie J. Dio a beau être meilleur techniquement, il restera pour moi un nain d'opérette s'époumonant sur des textes de donjons et dragons). Les seuls reproches qu'on puisse faire à cet album seront finalement d'être peut-être un peu basiques au regard du back catalogue de Black Sabbath qui avait rivalisé avec les grands du rock progressif au milieu des seventies, et d'être un peu inégal (il y a "les tubes" et "les autres"), mais avec un dilemme entre l'anthologique et le très bon on ne va pas trop se plaindre...

Avec un tel skeud et de tels musiciens sous le bras, good ol' Ozzy n'aura pas grand mal à reconquérir le public, revenant de l'abîme alors que tout le monde, lui le premier, le croyait foutu. La suite confirmera ce succès naissant.