NOISM - +- - 2008 (Crucial blast records)

Tracklisting:
1. Man-I-C
2. DTM
3. Zaporojets
4. Death-Meta-Logic
5. BPM
6. NOISMETAL
7. No, Cut and Drag
8. Computer Illiterate
9. YESISM
10. I'm not in a Band
11. NOIST
12. ADHDHDA

17 / 20

Noism m'avait fortement impressionné au début de cette décennie avec une musique totalement extra-terrestre et une démarche jusqu'au boutiste à l'avenant... n'ayant plus eu de nouvelles depuis 5 ou 6 ans je pensais le projet tombé aux oubliettes en me disant quel dommage... c'est donc avec un franc plaisir que j'ai appris qu'ils sortaient leur premier album officiel, pour moi carrément la bonne nouvelle musicale de cette année 2008 finissante. Enfin, musicale... dans leur cas c'est un abus de langage... l'extrémisme est la seule chose qui intéresse le duo nippon, au point de redonner un sens à ce terme progressivement vidé de sa substance par des années de conformisme et d'imitations à but plus ou moins mercantile, en ce qui concerne le milieu metal.

La découverte de Noism fait toujours un choc à celui qui en fait l'expérience... pas de voix ni de basse, juste une guitare et un ordinateur pour les percussions et les quelques effets technoïdes qui émergent épisodiquement du chaos ambiant. J'utilise sciemment le terme de percussions parce que cette batterie programmée n'a plus grand chose à voir avec une batterie justement... au niveau du style, le groupe utilisait auparavant le qualificatif d'ultra brutal industrial death grind, aujourd'hui ils parlent de breakcore (ne me demandez pas ce que ça veut dire)... perso le premier me parait le plus significatif... Ce skeud annihile complètement toute forme de mélodie, de songwritting, la notion même de riff ou de tempo. No-ism ou le refus de toute forme de règle ou d'autorité. Hautement instables, en mouvement permanent et animés d'une énergie extrême, gratte et drums peuvent très bien converger vers la vitesse absolue avant de se téléscoper violemment devant un auditeur totalement médusé. Cet album ne dure que 21 minutes mais a probablement demandé un travail énorme, tellement tout ici est condensé et intense, rapide et complexe, violent à un niveau absolument inhumain, défiant les lois de la physique même. Ne vous fiez pas au patronyme du groupe, il ne s'agit pas d'une suite de bruits incohérents. La guitare est d'une précision chirurgicale, enchaînant à une vitesse supra-luminique des accords violemment puissants ou dissonants et des démanchés hors gammes tel un shredder schizoïdo-catatonique sous acide. Par rapports aux démos, le style a évolué vers quelque chose d'encore un peu plus tordu et rapide (si c'était possible). Je note par contre le rehaussement des drums dans le mix au détriment de la guitare... seul bémol de ce skeud à mon goût, mais pouvant être rectifié par une écoute au casque ou tout devient plus clair. Anarchiques et incohérents en apparence, ces morceaux donnent en fait un sens nouveau à l'expression "chaos organisé", ils poussent à un niveau inconnu la destructuration méthodique de la musique, reprenant pile là ou le brutal death s'était arrêté, avec en plus des éléments électroniques nouveaux. Si vous cherchez à tout prix des éléments de comparaison, oubliez direct un groupe comme The Berzerker qui ne fait que piquer des éléments à droite ou à gauche entre la techno et le death pour les mélanger et au final apporter pas grand chose de neuf. The Berzerker, pour rester sur cet exemple, c'est de la cuisine... Noism, c'est l'équivalent musical d'un réacteur à fusion thermonucléaire contrôlée. En performance comme en technicité. Commencez à comprendre ? Il faut plusieurs écoutes, si vous parvenez toutefois à vous re-soumettre à l'écoute de ce véritable solvant pour neurones, pour se rendre compte qu'il existe une structure, même si les beats et les riffs n'en sont plus vraiment. Mathcore ? Même pas, parce que ce groupe ridiculise complètement les prétentions de ces musiciens qui se croient progressifs en enquillant jusqu'à plus soif des riffs conventionnels juste maquillés par une attitude pédante juste bonne à impressionner le néophyte. On peut dire la même chose des groupes de brutal death conventionnel, techniques peut être un peu, mais banals et dépassés surtout. Aucun d'eux n'approche, même de loin, le radicalisme extrême de Noism qui se place réellement en prétendant au titre de projet extrême ultime, tout du moins dans la sphère metal que nous connaissons, encore qu'on touche ici à la limite de ce qu'on peut appeler metal. Limite, tiens d'ailleurs c'est pas un autre mot pour dire extrême justement ?