MORTIFICATION -- Mortification -- 1991 ( Soundmass )

Track Listing :

1 Until the end
2 Brutal warfare
3 Bathed in blood
4 Satan's doom
5 Turn
6 No return
7 Break the curse
8 New awakening
9 The destroyer beholds
10 Journey of reconciliation
11 The majestic infiltration of order

14/20

Le death metal est une musique massive, agressive et monstrueuse, c'est entendu. Il est même presque idiot d'écrire cela en deux mille treize, alors que ce style musical est depuis longtemps entré dans les chambres de tous les adolescents mal dans leur peau, et dans leur tête. De mon temps il fallait plusieurs années pour passer de Dire Straits à Metallica. La génération de mon petit frère passait de Marylin Manson à Emperor en deux mois. Aujourd'hui je ne saurais dire à quoi ressemble la porte d'entrée des djeunz dans les musiques hard. Hard ? Ce mot a-t-il encore un sens ? Le death, le black et le grind ont atteint des sommets en termes de vélocité, de violence, de bruit et de nullité instrumentale, mais aussi de lourdeur, d'étrangeté et d'occultisme. Avant de se faire à leur tour éclater et même ringardiser par des musiques de plus en plus étranges et bordéliques aux noms débiles. L'internet des dizaines de milliers de webzines aux dizaines de milliers de chroniques (chacun) permet un accès instantané à tout, mais logiquement seuls les groupes les plus uniformément et platement extrémistes d'un côté, et les meilleurs en publicité d'un autre, s'en sortent.

C'est pourquoi il faut de temps en temps reparler des fondamentaux que tout le monde n'a pas bien écoutés.

Pour moi c'est facile, je suis resté seul au fond d'une caverne depuis le début des années 90, et en ces temps-là, quelque chose s'est produit et a déchiré le silence des grottes (non, pas le titre de Misanthrope). Imaginez un peu ! Figurez-vous les muscles du thrash et du hardcore en train d'insuffler la vie, et même une insultante vitalité, à un pauvre vieux squelette ayant moisi pendant des millénaires, en attendant le moment où il allait à nouveau pouvoir hurler, avec une voix d'ancien supplicié revenu de tout, des choses brutales et spirituelles. Le phrasé assassin et vengeur, coulé dans des fondations en béton faites de grattes râpeuses et de batterie authentique, ne devient plus accrocheur que lors de certains refrains et ne sourit que lorsqu'il est certain de mener la partie ("Journey of reconciliation").
Palpez, car elles sont bien palpables, ces guitares hirsutes qui ont mijoté dans leur propre haine ; écoutez-les instaurer une musicalité aigre, rugueuse et contre-intuitive. Faites jouer "la théorie de l'écoute inattentive" exposée par Heavy REM du site Inoxydable. Il vaut en effet mieux ne pas subir tout de suite la démarche musicale réellement à contre-courant qui est celle de ce death pourtant classique. Laissez lui le temps de devenir vôtre et comprenez sa force avant d'en cerner les subtiliés (notamment rythmiques).

Et alors que vous vous ferez chier, au soir d'une rude journée de boulot, dans d'interminables embouteillages rendus encore plus interminables par des putains de travaux de merde qui cassent les couilles à tout le monde depuis plus d'un an, vous aurez le réflexe salvateur : ouvrir les vitres de sa voiture, augmenter déraisonnablement le volume de son lecteur CD, puis lancer la lecture de ce disque en souriant sadiquement. Vous comprendrez alors aux regards horrifiés de vos concitoyens que vous avez des goûts musicaux de chiottes. Le death metal vaut en effet avant tout pour son puissant effet répulsif sur les humains. Et vos oreilles de jouir alors que celles des autres saignent.

Il paraît que Mortification est un groupe de gentils chrétiens. A moins d'arriver à comprendre les paroles grassement dégueulées, cela ne s'entend pas une seule seconde.