Merzbow - quelques chros - 1987-2010 ( phlétores... )

Album Chroniqués Listing :

Ecobondage (1987 ZSF product)
Venereology (1994, Release)
Pulse Demon (1996 Release)
Space Metalizer (1997 Alien8) & Tauromachine (1998 relapse)
Aqua Necromancer (1998, Alien 8)
Puroland (2001 ohm)
Merzzow (2002 opposite)
Amlux (2002)
Animal Magnetism (2003 Alien8)
Dust Of Dream (2005 Thisco)
Ouroboros (2010 Soleilmoon)

--

Actif depuis la toute fin des années 1970, Merzbow, la créature de Masami Akita, m'intrigue depuis maintenant une petite quinzaine d'années. Tout ceci remonte maintenant à 1995 et mon acquisition de la compilation « release your mind » du label relapse, pendant non metal du label release. Bref mes premiers flirts avec l'industriel au sens large du terme. Trial of the bow (projet traditionnel des ex disembowlment), Dead World, Fetish 69, Malformed Earthborn (projet indus de Shane de Napalm Death) étaient mes points d'entrée. A coté de ces combos figuraient 2 « artistes » de noise Japonais : Merzbow et Namanax. Leurs titres étaient pourvus d'un avertissement : à fort volume votre stéréo pouvait être endommagé !

Alléché par cet extrémisme je me jetais sur les titres en question et ceci se résuma longtemps à une expérience douloureuse sans aucun sens pour moi. Sans queue ni tête, gratuit. Extrême pour sur, sadique évidemment. L'expérience est réellement douloureuse du fait d'un coté strident et abrasif. Bref j'ai mis Merzbow de coté pendant quelques années mises à profits pour développer un gout pour l'indus en passant par la case Cold Meat Industry (BDN etc). A intervalle régulier j'ai pratiqué des tentatives répétés en tapant dans l'énorme discographie (plus de 200 « albums » etc etc), en tapant dans les plus faciles à chopper. Tout ceci a coïncidé avec pas mal de releases réussi sorti chez Alien8.

Mais cessons de parler de moi et causons de Masami Akita avec un peu d'histoire qui pour le coup a un peu de sens. Le gars est né en 1956, là on cause d'un pionnier donc, et a nommé son projet Merzbow en référence à une oeuvre de Kurt Schwitters appelé Merzbau. Schwitters est un allemand qui a monté le mouvement Merz en parallèle au dadaisme avec pour idées de faire de l'art avec des rebuts (je résume un peu). L'instar du Merzbau, qui se revendiquait apolitique, Merzbow, alors qu'il trainait dans la scène industrielle, n'a rien du coté politique de ses petits camarades.

Si on devait distinguer des ères, on partirait des 80's, l'ère des tapes, des débuts du sample etc ou Merzbow avait un coté expérimental, et intellectualisant, Akita reconnaissant lui-même avoir beaucoup conceptualisé lors des débuts de Merzbow. L'évolution du bonhomme et des techniques sonores ont amené Merzbow à se radicaliser avec pour point d'orgue le début des 90's (et le pur noise à la Venereology etc) en pratiquant un pur noise évoquant le Controlled Bleeding de 1985 (période « body samples »/« knees and bones », ultra radical, avant que le groupe ne se mette à l'EBM chiant). N'en reste pas moins que, au gré des releases, Masami déployait tout de même plusieurs facettes, parfois plus calmes, expérimentales. Dans le cas de la période Venerelogy, on pense par exemple au « music for bondage performance », un album d'ambient s'avérant bien plus intéressant. A partir d'un « space metalizer » et d'un « aqua necromancer » la machine Merzbow rebouge, comme à adopter l'ordinateur et ouvre une nouvelle ére. Plus posé, toujours aussi (trop) prolifique c'est peut être mon ère préférée. Remettons par contre un peu en perspective, lors de l'éclosion de Merzbow, la scène industrielle sous l'impulsion de Throbbing Gristle était en pleine explosion. SPK et Whitehouse violaient du canal auditif à la pelle et heurtaient le bon gout. Les bases du power electronics ont pour moi été posées par SPK/whitehouse et le concept ultra violent que Merzbow a développé dés les 80's l'était aussi par ses compagnons de tape. Je pense ici aux compils genre sexorama ou dry lungs, ou Merzbow cotoyait Controlled Bleeding, Die Form, Mathausen Orchestra, Sleep Chamber, Le syndicat, Blackhouse, Etant donnes, etc. Si on remet encore plus en perspective au début des années 1900 le bruit comme musique avait déjà été théorisé (bruitisme italien dans les années 30 mais il manquait la technique).restait à l'appliquer. Merzbow est pour moi remarquable car il a personnalisé les choses, a su rester incorruptible mais surtout, c'est ma vision, a apporté un peu de sang neuf à ses releases dés 1997/1998 pour ouvrir une ère qui reste ma favorite. Pour autant, j'avoue ne pas être super calé sur les débuts du groupe et quand j'entends un « music for bondage performance » je me dis que je devrais mettre mon casque de spéléologue, chose beaucoup plus simple depuis l'avènement de l'internet (faut bien que ça serve à quelque chose non ?). Voici donc, à l'instar du déferlement de noise de Merzbow, un flot de chroniques du bonhomme. Etant donné le catalogue du monsieur je ne pourrais être exhaustif (les journées ne faisant que 24h et ayant une vie). D'autres chroniques suivront peut être en fonction de mes nouvelles acquisitions et humeur du moment. Disons que ad minima il me paraitrait sain de parler de Venereology, Pulse demon, Space metalizer, Tauromachine, Merzzow, Merzbuddah, Amlux, Merzbeat, Dust fo dreams. Et pourquoi pas un truc comme dharma, puroland ou ouroboros ou bariken et animal magnetism et peut être another merzbow records ou alors music for bondage expérience ou ecobondage . Ne pas oublier Merzbient montrant une autre facette. Il faudrait surement toucher un mot des collaborations de l'animal, notamment avec Nordvargr (le nerd de l'industriel), ou son Merzdub ou celle avec Alec Empire ou celle plus intéressante avec Richard Pinhas (« keio line ») ou alors remonter dans les très lointain passé pour parler de Kapotte Muziek ! A moins qu'on ne préfère les alliances plus récentes avec les légendes que sont Genesis P Orridge ou Z 'ev. Sonic youth sinon ?

Bref d'un premier abord similaire les releases de Merzbow sont assez uniques si tant est qu'on les choisissent un peu. En effet ne nous leurrons pas, avec une telle productivité le monsieur n'évite pas la redite ou la stérilité/facilité à tous les coups. On pourrait lui reprocher d'ailleurs de ne pas creuser plus ses idées et condenser tout ceci sur moins d'albums qui serait du coup plus ultimes. A la limite on peut trouver que ça fait le charme du bonhomme et apprécier la quête du nouveau Merzbow. Pour autant c'est dommage car le monsieur en se concentrant un peu pourrait pondre des trucs majeurs et retentissants au delà des frontières des scènes industrielles. Le point de vue est défendable, de là quelques disques suffiront. Voir une compil à la « another merzbow record » plus 2 ou 3 trucs de l'ère Merz-, le tout recouvert d'un « music for bondage performance ». Messieurs Mesdames, enfilez votre casque anti bruit, asseyez vous sur les conventions musicales et saisissez vos pincettes.

ECOBONDAGE (1987 ZSF product). Sorti sur son propre label, ce déjà 30eme ou je ne sais combien album de Merzbow fleure bon les années 80. Loin des exploits power electronices, Merzbow est ici ambiant et expérimental. 100% analogique il bidouille, il triture, il racle, il tape, il s'agite, se calme, sort une loop d'une vieille cassette. Quelques éclats de voix. Anecdotique mais typique d'une époque, avec son lot de bonnes idées. Un peu anarchique, il sait être intriguant. Plus Bruitiste qu'industriel, n'en reste pas moins que ce release est plus destiné au curieux ouvert d'esprit et prêt à intellectualiser qu'à ceux qui n'ont pas de temps à perdre. Pour autant, il sait être dur et je trouve qu'il permet de se plonger dans ce qu'était l'industriel dans les 80's qu'on a trop souvent oublié en dévoyant le terme de sa signification ou en glorifiant aujourd'hui des trucs qui ne font que pomper les sons de l'époque.

VENERELOGY (1994, Release): quintessence de la violence de Merzbow, percussif/rythmé, il touche un spectre sonore large mais chaque son déborde de grésillement, bref impression la saturation est là. Si les percussions apporte un coté structuré, le déferlement sonore insoutenable et la dureté des sons. Le fracas de tous les samples qui s'entrechoquent. L'impression de saturation vient aussi de l'étendu des textures des sons que Merzbow utilise simultanément. Il y a un coté John Zorn dans les moments les plus arrachés dans la façon qu'a parfois Merzbow de lourder des sons insoutenables. Et ce, percussions inclus et quand je dis percus c'est pour parler des gros sons qui marque le rythme pas de vrais percussions ou alors ou sens « je me suis fais percuter par un poids lourd ». Etant dur de la feuille dans les aigues et sujet à des acouphènes, j'ai vraiment du mal du fait de la stridence du truc. J'aime mon indus avec des infra basses, une structure rythmique moins abrasive, un coté plus ambiant. Pour être sincère, on est à l'extrême opposé de l'entertainment, je comprendrais qu'on y trouve de l'intérêt de par une approche rationnelle et intellectuelle (déconstruction complète du concept de musique, radicalisme assumé, approche physique des sons). En terme non raisonné par contre c'est trop dur pour moi.je passe la main. Les vrais masochistes apprécieront ce moment 100% inconfortable et oppressant. L'oppression n'étant pas que lié au bruit mais à un coté menaçant comme si vous étiez victime de machines devenus berserk contre lesquelles vous ne pouvez rien. Le plus hallucinant en fait c'est que Merzbow ne recherche pas à être violent comme peuvent le faire les groupes de power electronics. Non c'est juste que sa musique est comme ça, dure et vicieuse. En tout cas ce truc me rend humble (je me prenais pour un dur). Je pense sincèrement que, même sans trop pousser le volume, ce genre de « musique » pourrait être expérimenté en lieu et place de la torture pour obtenir des aveux. Je ne doute pas qu'il y ait des finesses etc, mais le temps d'entrée est trop long étant donné la douleur. N'écoutez jamais ça au casque ou c'est l'ORL assuré. Je ne pourrais conclure sans vous dire aussi, qu'aux vues des releases passés du monsieur, ce type de release, certes ultime laisse aussi un gout de facilité.

PULSE DEMON (1996 Release): que dire, à part quelques lignes, dans la droite lignée de Venerology, ce release, est à mon sens, chouille mais alors juste chouille plus accessible. Venerology m'a peut être rendu sourd dans les aigues (c'est possible) ce qui expliquerait que je trouve ce Pulse Demon légèrement plus digeste. Marginalement moins linéaire et plus volatile aussi. C'est un peu plus structuré, et la présence de quelques rythmes (je pense à Ultra Marines Blues) rend la chose plus abordable tout en rendant la violence extrême plus palpable. De pseudos rares moments de calme ou des choses plus ambiant dans l'esprit (« worms plastic earthbound ») apportent de l'air et sont la preuve que Akita, on le savait déjà, a tout intérêt à manier aussi ce type de contraste. De même on saisi parfois plus facilement le sens des sons. Je ne vous jetterais pas la pierre si après ces 3 pauvres lignes vous me comparez à un type trouvant des différences entre 2 monochromes noirs !

SPACE METALIZER (1997 Alien8) & Tauromachine (1998 relapse): Venerology est trop dur pour vous, Oersted vous arrache des saignements d'oreilles, c'est la larme à l'oil que vous subissez l'intro de Pulse Demon, rien que l'idée de vous taper Noisembryo vous fous les miquettes MAIS vous ne souhaitez pas lâcher l'affaire sur cette période/style de Merzbow. Tauromachine est fait pour vous. Marginalement moins strident, la présence de beat/pulsation, rappelant la dureté et l'austérité de ce qu'ont fait plus tardivement certains poulains de l'écurie Ant-zen, rend le tout moins douloureux et apporte une touche hypnotique vous empêchant d'appuyer sur le bouton stop. Moins saturé (et saturant), moins incontrôlé, Tauromachine prend à rebrousse poil mais juste avec une ponceuse là ou Venereology le faisait avec un scie à métaux. Dans le créneau de cette période et lui aussi plus audible/intéressant, à tenter aussi « Space Metaliser » (1997, alien8), fondamentalement pas différent mais produit d'une façon telle que cela déchire moins les tympans. Quoique le ton est moins à la défonce auditive, les sons plus variés, quelques moments ambiants (« son of zechen »), des points de raccroche à droite à gauche, fondamentalement plus intéressant et intriguant.un peu psyche.y a même un semblant de mélodie au milieu de « mirage » A noter moins de densité aussi, les choses sont plus séparés et articulés. Entre les 2 mon cour balance.vers ce « Space Metalizer » qui différent plus des Venereology etc que « tauromachine » tant en terme de compos que de production. Par contre pas de gros beat à la « minotaurus » ou « cannibalism of machine » sur ce « space metalizer », assez catchy. Je ne sais pas non plus à partir de quand Masami à commencer à bosser avec des ordinateurs mais la qualité/texture des sons, sans virer non plus au délire électro acoustique est notable sur « space metalizer ». Bref assez paradoxal que l'un soit sorti avant l'autre tant le premier marque le passage à une ère plus riche et le second reste ancré dans celle des 2 autres release pour Relapse.

AQUA NECROMANCER (1998, Alien 8): En basant un release sur des samples de vieux groupes de pro grog, Merzbow évolue après une étape principalement caractérisé par la violence. Je dis principalement car si on s'arrête aux releases les plus connus des mids 90's on rate une floppé d'autre choses, notamment un excellent « Music for bondagte performance 2 », assez différente. Bref sur Aqua Necromancer, Merzbow, toujours dur, se renouvelle en expérimentant. Le résultat, parfois douloureux, offre une variété réelle et un intérêt notable. Les grooves de ces groupes servent de trame à quelques déchainements de bruits bien sentis. Ils sont aussi triturés sans allez non plus jusqu'à la déglingue en dehors d'une liquéfaction du beat de batterie sur « soft drums ». Presque hypnotique, Aqua Necromancer commande quelques écoutes et forcement du fait de ces samples un coté plus humain ressort de l'album. A noter aussi quelques moments, courts, plus calmes permettant de gouter aux textures des sons. Enfin, si on retrouve ces explosions de noise/samples, on goute aussi plus souvent à des bruits purs (i.e. seul). Plus accessible, ce type d'album de Merzbow (il en a d'autres, j'en parlais de certains, d'autres non, Amlux, Puroland, Merzbeat, Animal Magnetism) sont de bons point d'entrée. Après ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, le disque débute sur du classique, « Soft drums » finit sur du classique, « contrapuntti patto » ne donne pas dans la finesse italienne de la renaissance (par contre il groove pas mal) etc.et vous souffrirez ! Pour autant, Merzbow pose ici un album qui prend parfois au corps, comme pourrait le faire un groupe de musique plus standard (genre ton cerveau reptilien est touché par la grâce). Avec Merzbeat et Merzzow, Aqua Necromancer est l'album le plus porté sur les beats, un morceau comme « farsa del buen vivir » ouvrant la porte à une nouvelle direction de Merzbow. Et 2eme release après le notable « space metalizer » sur alien8, un label qui a eu pas mal de chances en sortant généralement de bons releases de Merzbow.

PUROLAND (2001 ohm) : Dans la série « piquons au hasard des releases » dont personne ne parle, voici Puroland. Globalement appréciable mais pas mémorable, il s'inscrit dans la longue continuité et, du fait de certains samples annonce un peu Merzzow tout en restant fidèle au style musclé et parfois ambiant de « Space Metalizer ». Apparition de samples de bruit de la nature. Morceau de cloture d'inspiration assez indus old school dans les basses répétitives. A considérer une fois accroché au groupe, pour quelques écoutes permettant d'apprécier un enrichissement certain du point de vue des trames.

MERZZOW (2002 opposite): peut être le truc le plus accessible de Merzbow avec Merzbeat, cet album fait presque fi de tout déferlement de noise, la sodomie auditive est plus tendre et préparé. Souvent basé sur un sample répété pour confiner au mantra, les bruits se baladent de manière plus délayé. Sans véritablement parler de trames ou d'instrumentation, les choses sont plus agencées et donc intrigantes. On retrouve à plusieurs reprises des samples de vrais instruments ou des quasi-mélodies. Bref Merzzow est un disque de bidouille. Les morceaux plutôt longs peuvent soit super bien marché tel l'hypnotique « inside looking apart partt 1 » montant lentement en puissance et basé sur un contraste sample lumineux versus broyeur. A contrario, même si l'idée est réussie, « music machine », basé sur 2 accords de guitares joyeux, finit par taper sur le système. C'est la que je ressors ma critique de Merzbow qui ne creuse pas assez ses idées et les enchaine dans de trop nombreux releases au lieu de bâtir quelque chose de plus solide. A la limite cela permet d'apprécier un truc un peu court et facile comme « koshinzuka » ou un « horse » plus classique (dans le style orage électromagnétique). Merzzow est un release qui groove, peut être mécaniquement mais qui groove, en ce sens il est plus accessible car cela permet d'accrocher. Par ailleurs assez diversifié il satisfera les petits curieux et amateurs de bruits.

AMLUX (2002) : les puristes fans de Venereology détesteront cet album, pourtant grande réussite de Merzbow. Si le virage était pressenti rien qu'au niveau de la façon de produire dés « space metalizer », Merzbow enfonce le clou et n'utilise presque plus que des ordinateurs. Loin de moi l'idée de dire que Merzbow n'est pas dur, le début très rythmé et rond laisse vite place à une vitrification des canaux auditifs avant d'achever le 1er morceau sur un rythme industriel coupé par une déflagration de bruits blancs. Le second titre comme plus souvent maintenant incite à la transe, vous cajole tout en maintenant un coté froid. Le beat devient plus martial et assez hypnotique. Une couche additionnelle vient épaissir le son de ce qui va s'avérer être une longue boucle, parcourue de stridulations, et modulé dans la saturation lui donnant des allures de pulsations sur la fin. Hypnotique je le répète. « Cow Cow » enfonce le clou avec un fonds rythmique trance, évoquant le génialissime titre « requiem ». Pour autant le travail de vitrification par le bruit est un peu facile et stérile. « luxurious.. » est le titre moins harsch du lot, 20 minutes carrément trance inquiétante, traversé par de petits éclats de bruits et par une petite pseudo mélodie un peu psyche. Ce thème s'articule avec un autre thème fait d'infras basses façon dub et de traitement noise plus agressif (tout en gardant le coté ambiant). Mais voila, Merzbow est plus accessible, tant en terme de samples, de rythmiques, de format de composition que de qualité de son alors forcement les plus durs, les fans de mix au delà de tout les seuils autorisés, les amateurs de l'ultra densité et du cumul de samples, les maso de l'acide sulfurique ne sont plus contents. Oui c'est sur, c'est sur aussi que Merzbow se rapproche peut être parfois d'un industriel plus classique, et évoque parfois l'écurie ant-zen, mais il ne sacrifie toutefois rien sur l'autel du classicisme en terme d'approche de la musique et garde sa personnalité. Plus accessible et très bon.

ANIMAL MAGNETISM (2003 Alien8): de la trance harsch noise. Trance par l'effet sur l'auditeur, noise de par les armes utilisées. Quelques lignes d'infra basse un peu dub. Des stridulations répétitives. Plus répétitif cet album envoie la sauce mais de manière plus digeste que dans sa période la plus dure. Plus digeste car plus basé sur la répétition, plus digeste car les sons s'enchainent donnant une fausse impression de trame. Cet album agit plus par vagues irradiantes que par assaut sporadiques. Le second track sur une base indus old school se voit greffer un espèce de rythme horripilant. Une fois arrêté on goute à un beat en arrière plan façon basse tonitruante tech hardcore (« sheep man » enfoncera le clou). Le morceau finit par ressembler au premier : un mur de bruits plus ou moins blancs en arrière plan et d'autres assauts assez longs et linéaire se succédant. Un objectif : provoquer la confusion.c'est réussi. « Sheep man » m'a surpris, en dehors de la surcouche de bruits, ce morceau ne dépareillerait pas sur un label de tech hardcore sans concession. Sans doute Merzbow (ou plutôt la scene noise) a influence ce type de zique, mais voir Merzbow tombé dans ce cliché est un peu dommage. Sa période pc/laptop l'a un peu uniformisé de ce point de vue là. Le morceau suivant remet les pendules à l'heure, c'est juste la bande son d'un arrosage à coup de grenades. Trop long même si le final ultra saturés est très bon. Le final zen est le bienvenu, lumineux, il me rabiboche avec et album. Alors voila, une base solide, pas mal de bonnes idées et de bons triturages de son mais des morceaux s'étirant trop en longueur cassant les bons sons et idées. Bref le maitre dépassé par les eleves.

DUST OF DREAM (2005 Thisco) : Sur celui-ci Merbow ouvre avec un 1339 nous la faisant tribal coté rythmique de fonds. Quelques bruits répétés par-dessus accentue le coté hypnotique. Pa dessus, fatalement attaque de bruits mais pas anarchiques. Les bruits à base de basses se développent, le son devient renfermé.de la « transe noise » ? La dimension tribale est là encore sur « dust of dreams », avec on passage ultra calme couvert par une pluie de neige d'écran télé avec d'évoquer une vague de « tech-noise ». Strucutré sur plusieurs passages, ce long morceau est très bien amené jusqu'à ce beat moyen façon cheveu sur ola soupe vers les deux tiers. Comme pour se faire pardonner le 3 titre dans le même esprit est beaucoup plus dur et dispensable. Rythmique sans être rythmique, peut être le Merzbow le plus organique (le moins inhumain). Montrant une perméabilité certaine au monde exterieur. Celui là doit pouvoir s'écouter sous acide sans partir en sucette. Après seuls les 60% du début sont biens.

OUROBOROS (2010 Soleilmoon) : de retour avec un long titre d'une heure démarrant brutalement sur un style rappelant les heures les plus dures de Merzbow. Le matraquage est intense, j'ai du mal à discerner quoique ce soit et le manque presque total de points d'accrochages, que Merzbow avait su développé, sans pour autant perdre de sa brutalité, manque cruellement à cet album. Alors voila, on met peut être le doigt ici sur le coté négatif d'une telle prolixité. Plus diversifié (texture, ambiance) que dans sa phase la plus brutale, Ouroboros n'en reste pas moins dur malgré un coté ludique (pour Masami) donc foutoir. Sincèrement quelconque, sans doute vite enregistré, packagé sympathiquement. Je doute que la limite à 500 exemplaires fasse monter le prix. Dispensable même si tout n'est pas à jeter. Vu le volume de release du gars, ne perdez pas votre temps avec ce Ouroboros.

Voila quelques éléments pour commencer ou creuser l'engin. Par contre si c'est jute pour vous la jouer ne commencez pas, il faut pas mal de temps pour rentrer dedans. Merzbow est hors de tout les codes de la musique standard (death metal et cie compris), un temps d'adaptation est nécessaire. A noter que, faute d'accessibilité et de temps, je ne connais pas grand chose à la partie pré mid 90's, en dehors de quelques tracks post 1990 sur la compil « another merzbow records » qui s'avère peut être un bon point d'entrée ou plutôt un bon panorama des années 1990. En tout cas des 80's je ne connais quasi rien. Quelques écoutes vous plongeront dans une décennie foisonnante, se développant aussi vite que la technique de manipulations des sons. Plus abstrait et expérimental, Merzbow n'était pas encore devenu la machine à tuer du début des 90's. Comme je le disais, avec l'avènement du web je devrais jeter un oil car certains tapes des 80's sont dispos (d'ailleurs profiter en pour écouter une tape sexorama ou dry lungs)

En résumé : Space Metalizer si vous voulez y aller un peu dur, Amlux sinon. Le tout accompagné de « another merzbow records ». Ensuite relisez le tout ! Point important si Merzbow, incontournable du paysage, fait partie des pionniers, force est de constater que sa place n'est plus au pinacle...et patience et selectivité sont les maitres mots