MY DYING BRIDE - The angel and the dark river - 1995 ( Peaceville )

Tracklisting:

1 The cry of mankind
2 From darkest skies
3 Black voyage
4 A sea to suffer in
5 Two winters only
6 Your shameful heaven

16/20

Depuis l'arrêt de bus Turn loose the swans, j'ai continué mon chemin à pieds jusqu'à The Angel and the dark river. Trois gonzesses y attendent le bus, sans doute pour aller jusqu'à "The dreadful hours" au moins. Elles renoncent à monter au dernier moment, préférant rester ici, près de la rivière "The cry of mankind". Les guitares ont troqué une part de leur lourdeur et de leur force contre un peu plus de mélodie et des fréquences mélancoliques ; il y a des grappes de claviers tous les dix mètres (oui des grappes, c'est ma chro, j'écris ce que je veux). Le chant clair et monocorde donne une consistance extérieure à un effondrement intérieur, pas un petit moment de déprime, non, plutôt un désespoir lucide qui n'en finit pas. Dans cette chanson, tout concourt à plonger l'auditeur dans le même état.

J'engage la conversation avec les femelles. Deux sont très jeunes, des lycéennes sans doute, une grosse en mini jupe (signe des temps) et une mince apathique, toutes deux de noir vêtues. La troisième pourrait presque être leur mère, elle connaît The angel and the dark river depuis sa sortie. Elle tient à m'expliquer pourquoi c'est leur disque de My dying bride préféré à toutes les trois. Les deux gamines se contentent de l'écouter et de ne pas la contredire. Ce qui les émeut tant dans "The cry of mankind" leur plait aussi dans les passages les plus atmosphériques des autres titres, très uniformes dans les tons de noir. Ce noir prend réellement aux tripes et vous enfonce jusqu'à ce que vous consentiez l'effort de lucidité supplémentaire qui, seul, vous permet de vous élever à nouveau et de revoir la lumière du soleil. Gare alors à l'aveuglement, car les passages délivrant des émotions plus positives ou plus "dynamiques" secouent plus qu'un tour de montagnes russes et, comme si cela ne suffisait pas, des breaks MONUMENTAUX peuvent infléchir le cours d'un titre.

Point de metal extrême ici, juste un collection brillante de chansons très peaufinées. La qualité esthétique de l'ensemble est redoutable, à mon avis encore plus élevée, en moyenne, que celle de Turn loose the swans. Il reste qu'en terme de style et d'inventivité, on reste en dessous de l'album phare du groupe (vous comprenez donc le "modeste" 16/20). Cela dit je me demande un peu pourquoi j'avais parlé de "poésie grossière pleine de petites fleurs" à propos de The angel and the dark river dans ma chronique de God forsaken. Je devais être en quête de trueitude à l'époque. N'empêche qu'en ce qui concerne The angel and the dark river, c'est la dame de l'arrêt de bus qui a raison.