Khanate - s/t - 2001 ( Southern Lord )

Track Listing :

1. Piece of quiet
2. Skin coat
3. Torching Koroviev
4. Into the Rotting Sky
5. No Joy

--

Version urbaine de Burning Witch, Khanate pratique ce qu'on pourrait appelait un raw urban bluesy drone doom (waaaoouuuu !!!). Conclusion logique du mal être, de la lenteur poisseuse, distordant le temps. Saturé et sale, Khanate est dérangé psychologiquement, rien d'occulte ou d'incantatoire. Là ou Earth te cocoone dans de longs mantra, ou Sunn o))) fait parfois de même, la où Burning Witch pousse logiquement et puissamment le doom de Black Sabbath dans le délire secte prêchant la fin du monde, Khanate lui pue le désespoir psychotique lié à la fatigue du sevrage d'opiacé. Le tout mixé avec un gros fond de mal de vivre façon « prochain arrêt le suicide ».

Couvert par des vocaux haineux, torturés presque au sens littéral du terme, Khanate est réellement extrême. Là où certains groupes sont juste arty et chiant car sans substance, Khanate dégage un truc, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, mais qui est dans tous les cas inconfortable. Le gollum opérant à la voix, rappelant le timbre déchiré du vocaliste de Burning Witch, est probablement en pleine descente de bad trip médicamenteux (à défaut d'avoir pu trouver de la bonne mais qu'importe quand on touche le fonds).

« Under The Rotting Sky » s'avère génialissime, évoluant sur une série d'accords simplistes ultra lourds, le vocaliste se répand en tapis d'écho. Là où une 1ere écoute rapide ferait jeter l'éponge, il s'avère que Khanate sait être nuancé et, en maitre du drone, faire monter la sauce discrètement. Lorsque résonne le 2eme riff tout aussi simple se déploie une sensation d'évidence, de « game over », de renoncement assez saisissante. Tout aussi logiquement, le vocaliste rentre dans la marche pour cracher sa haine d'une vie vide de sens. Ce riff fait appel à beaucoup moins de distorsion, ce n'est pas la seule fois de l'album, et c'est peut être là que, paradoxalement, Khanate est le plus puissant en terme d'évocation. Définitivement pas de l'entertainment, lessivant et marquant, cet album de Khanate pose le style du groupe. Si vous voulez faire craquer quelqu'un de mentalement au bord du burn out, avec Khanate ce sera l'affaire de 10 minutes: il sera en larme en quête d'antidépresseur et une chape de plomb aura été posé sur sa vie. D'un point de vue plus pratique cet album s'avère plus accessible que le suivant « Things Viral », c'est presque rythmé (enfin...j'me comprends...), parfois je me dis même, par exemple sur le riff de « No Joy » qu'on a à faire à la conclusion ultime, en terme de désenchantement, du blues...la « voix » apportant cette joyeuse touche psychotique. « Piece Of Quiet » et « skin coat » sont presque rapides... (enfin j'me comprends aussi) et ne choqueront pas les fans de Burning Witch...comme quoi ils sont sympa chez Khanate, ils te prennent pas tout de suite avec du gravier. La présence de ce bidouilleur de Plotkin à la basse explique à mon avis un travail sur le son (écho, reverb, choix de saturation, petit drone et autres bruits de fonds etc) et un titre instrumental/ambient comme « Torching koroviev », le tout confirmant un certain sadisme.

Bref Khanate c'est du lourd, mais palpable et structuré de manière plus usuelle sur cet album, là où je stresse plus sur un « Things Viral » s'avérant plus dépouillé/pur et austère/morne (un exploit !) mais contenant un "Commuted" d'anthologie. En tout les cas une musique cathartique.