MORBID ANGEL - Illud Divinum Insanus - 2011 ( Season of mist )

Tracklisting:
1 Omni Potens (intro)
2 Too Extreme!
3 Existo vulgoré
4 Blades for Baal
5 I am morbid
6 10 more dead
7 Destructos vs. the earth/Attack
8 Nevermore
9 Beauty meets beast
10 Radikult
11 Profundis - mea culpa

Honnêtement, après la première ou deuxième écoute j'étais prêt à faire une chro-nique indulgente de cet album. Il faut dire que sa sortie a été accompagnée d'une fatwa populaire et critique comme j'en avais pas vu depuis... Load de Metallica peut-être, toutes proportions gardées. Et dans un milieu musical aussi désespérément consensuel, pour un esprit un peu observateur c'est du pain béni. J'veux dire, à l'époque des réseaux sociaux, de Youtube et de la télé ''réalité'', n'importe quel anonyme a la sensation que son opinion a de l'importance. Certains vont plus loin que « liker » ou poster un commentaire. La sortie de Illud Divinum Insanus a même dû en décoincer certains, puisqu'on peut désormais les voir pleurnicher en technicolor leur déception de l'écoute de cet album, secouant la tête avec un air désolé sans oublier d'exhiber fièrement (le métalleux est toujours fier) les indispensables t-shirt Amon Amarth et barbe de viking, accessoires désormais incontournables du fan de death qui se respecte et attend qu'on le respecte. Je vous le dis, il y a quelque chose de jouissif à mépriser son prétendu semblable exhibant aussi naïvement l'étendue de sa niaiserie infantile, et on se demande ''putain, mais qu'on me rassure, j'étais quand même pas aussi con au même âge ?''

C'est donc avec un plaisir sardonique que j'ai lu chroniques et commentaires scandalisés sur le ouaibe, tout en découvrant moi même le skeud et en essayant de remettre les choses dans le contexte. 2003: sortie d'Heretic et de Steve Tucker peu après. 2004 ou 5 je me souviens plus trop : retour de David Vincent, enchaînement de tournées. 2010 : Pete Sandoval out, remplacé par Tim Yeung (qui joua sur le premier Hate Eternal notamment). Donc au bas mot et sans compter le hiatus post-Heretic, 6 ans, c'est le temps qu'a mis Morbid Angel pour sortir cet album. C'est long. C'est beaucoup trop long. Ça laisse le temps de passer à autre chose, et aussi de réfléchir. Nul doute que Trey a du beaucoup réfléchir lui aussi. En gros, il avait le choix entre sortir à nouveau un album dans la veine d'Heretic au risque d'endormir définitivement les derniers fidèles, ou provoquer un électrochoc avec un album inattendu et faire braquer les projecteurs sur son groupe dont la réputation de roi du death metal était grignotée d'année en année par une horde innombrable de concurrents. Ils ont fini par faire les deux, avec un skeud qui combine des titres typiques à la Heretic, avec la même batterie en plastique (en pire) et des riffs plutôt bien foutus (mieux produits cette fois), et donc les autres morceaux contenant les fameux éléments techno-indus sur des morceaux mid-tempo assez surprenants pour Morbid Angel.

Les choses commencent plutôt mal avec une intro instrumentale qui monte doucement, comme pour dire « eh les mecs, on est de retour, on est fuckin' Morbid Angel, remember ? » et sombre très vite dans le ridicule avec ses trompettes synthétiques totalement kitsch ponctués de « oooooo-AH ! » probablement censés faire une peur bleue mais qui font plutôt rire jaune. Mais ce n'est rien comparé au premier gros titre. D'habitude je sais faire la différence entre un batteur de death metal et une boîte à rythme, le premier jouant souvent plus vite que la seconde, mais ici je ne saurais dire. Toujours est-il qu'on a affaire à une pulsation vaguement technoïde, minus la puissance des basses, servant de charpente à des riffs désarticulés, mécaniques, tout en accords et en vibrato et agrémentés de bruits de synthés plus hystériques qu'une gothopouffe sous acide à une soirée spéciale Depeche Mode à la Loco (RIP). Et enfin, pour parachever le dégoût du fan d'Amon Amarth précédemment évoqué, le grand-retour-tant-attendu-du-légendaire David ''Nikki Sixx'' Vincent avec son t-shirt en vinyle, ses bottes New Rock et sa voix filtrée qui scande un message pavlovien : WE ARE YOUR NEW RELIGION. WE ARE TOO EXTREME. Ha oué. Quand même. Rien que ça.

« Allo monsieur Asaque-Taute, bonjour ici Rockallian Magazine, je voudrais t'interviewer à propos de votre nouvel album. Dans quel bouquin de Deepak Choprah et de Tony Robbins t'as trouvé l'inspiration pour ces paroles ? Comment ça s'intègre dans ta vision globale de l'univers où chaque être a le potentiel de se créer lui-même ? Allo ? Alloooo ? *Tûûût tûûût tûûût* »

Faut-il vraiment détailler la suite ? D'un point de vue strictement musical, cet album n'est pas inécoutable. Les éléments électroniques ne sont vraiment choquants que pour les fans d'Amon Amarth et ne choqueront pas plus les autres que le son archi-artificiel des grosses caisses aux oreilles d'un fan de death metal à la papa. David Vincent, malgré son registre vocal devenu plus aigu, fait preuve de plus de personnalité et de caractère que son prédécesseur qui était presque effacé devant la présence imposante du patron Trey Azagthoth. L'album est très varié et totalement dépourvu de l'effet Lexomil du skeud précédent. Un bon nombre de riffs fait même mouche, comme sur Blades for Baal, ou même pourquoi pas le très rock indus Radikult. Non, le problème est ailleurs en ce qui me concerne. C'est l'impression générale de ridicule, de retombée en enfance qui me saisit quand je l'écoute. Les paroles et les gimmicks vocaux de Vincent, on l'a vu, sont pires que celles d'un combo adolescent de black metal de garage. L'écoute d'un titre comme Destructos est d'un embarras total. C'est simple, on n'y croit pas une seconde, et on se demande ce que fout Vincent en 2011 dans un groupe de death metal. Malgré ses interviews fracassantes où il n'hésite pas à qualifier cet album de chef d'oeuvre absolu, prouvant que pour ce qui est de son égo démesuré et de son penchant pour l'élitisme nauséabond, il n'a pas changé d'un iota.

Morbid Angel est donc devenu un autre groupe, qui se veut fédérateur et s'auto-congratule autant dans sa musique que ses interviews (si vous êtes pas convaincus rejetez donc une oreille à I Am Morbid et son intro live de pacotille). Ceux qui comme moi avaient découvert Morbid Angel pendant l'ère Tucker et avaient été séduits par l'ambiance mystique que dégageait le groupe à l'époque, en sont pour leurs frais. S'ils ont cherché à renouveler leur public, nul doute que leurs nouvelles photos promo, la drag queen ''trop extrême !'' qui leur sert de frontman et leur message de winners ''nous sommes l'élite, contemple l'existence vulgaire de la populace'' leur attirera le genre de gothopouffes se prenant pour les ''beautés'' en mal de ''rencontre avec la bête'', dont David Vincent apprécie tant la compagnie lors de ses soirées SM. Trop extrême pour les losers de mon espèce inférieure, j'en suis conscient, et sans doute aussi pour ceux qui ont eu la patience non seulement de lire les interviews interminables de Trey sur la réalisation de la conscience de soi dans le monde astral, mais en plus d'avoir cru une seconde qu'elles étaient sincères ou même dignes du moindre intérêt.

PS hors sujet. Vous remarquerez que j'ai pas trop parlé de death metal dans cette chronique, j'ajouterai juste pour clore le sujet que si cet album est représentatif de l'état du genre en 2011, le constat est triste pour le fan qui n'a plus le choix qu'entre des imitateurs parfois talentueux mais souvent obscurs, ou des retournements de veste comme celui là. Si Morbid Angel survit à cet album, ce dont je doute, et pour revenir au parallèle avec Metallica, je serais curieux de voir qui et pendant combien de temps continuera à espérer un ''retour en forme'' messianique. Parce que si si je vous jure, il y en a qui espèrent encore un ...And Justice For All part.2 de la part de millionnaires blasés... Tout comme quand j'étais môme, Marty McFly m'a fait croire qu'en 2015 on aurait des skates à lévitation et voitures volantes. Le futur c'était mieux avant et la nostalgie n'est plus ce qu'elle était.