Grey Machine - Disconnected - 2009 (Hydrahead)

Tracklisting:
1. Wolf At The Door
2. Vultures Descend
3. When Attention Just Isn't Enough
4. Wasted
5. We Are All Fucking Liars
6. Just Breathing
7. Sweatshop
8. Easy Pickings

15/20

Après que les récentes dernières années avaient vu Jesu prendre une tournure de plus en plus soft et apaisée et connaissant l'esprit torturé du toujours aussi prolifique Justin K. Broadrick, on ne devrait peut être pas s'étonner de le voir revenir avec un projet autrement plus agressif. Pas le moindre retour au son Godflesh en vue toutefois. Greymachine est une tout autre bestiole, vraisemblablement un mutant issu d'une partouze glauque et radioactive qui aurait réuni Techno Animal et Fall of Because (2 autres projets de JKB) avec les premiers Swans près de Tchernobyl. Autant dire que Greymachine ne fait pas dans la dentelle et que le patronyme choisi est à l'image du son et de l'atmosphère dégagés. C'est gris comme Paris en novembre, c'est sale, c'est moche, plus irrespirable que le périph' aux heures de pointe. Et ça fait mal aux neurones et à la santé mentale aussi, s'il vous en restait de toute manière. Tout ceci se retrouve condensé sur les quelques minutes de l'anti-tube 'Vultures Descend', sorte d'hymne sans paroles où tout est tellement distordu et répété qu'on ne sait plus distinguer les instruments réellement joués des boucles. Sans paroles ne veut pas dire muet, toutefois : dans ce chaos de fin du monde on distingue des voix, ou plutôt des cris de douleur, invariablement et atrocement défigurés par la distorsion, tel un vocaliste de black metal s'époumonant pendant une tentative de hara-kiri, un samedi soir en direct sur le plateau de Patrick Sébastien. Et par dessus tout ça, une guitare bloquée en mode larsen ou dissonances pendant que la rythmique mi humaine mi alien continue de marteler ses parodies de grooves mécaniques (d'où le côté Fall of Because/Swans). Aspirer la haine et le dégoût environnants, les malaxer, les compresser jusqu'à obtenir une densité maximum avant de violemment éructer le tout à la face de l'auditeur qui pourtant en a vu d'autres, c'est ça Greymachine. Spectaculaire, mais qu'est ce que ça donne sur la longueur ? Je pense que seule une oreille déjà bien rôdée au harsh noise et autres expérimentations cyber grind pourra ne pas ressentir de longueur à un moment ou à un autre, d'autant que les tempos, qu'ils soient acoustiques ou programmés, ne dépassent jamais le registre médium. Il reste que cette chose informe possède tout de même un minimum d'éléments accrocheurs, comme certaines rythmiques qui donneraient presque des envies de headbanging (à moins que ce ne soit une réaction à l'aliénation ressentie à l'écoute !), voire même des semblants d'ébauches de nano mélodies à la guitare, sans doute des mauvais rêves de Jesu recyclés pour l'occasion (au fait, outre JKB on retrouve également Diarmuid Dalton et Dave Cochrane de Jesu, ceci explique cela, et également Aaron B. Turner de Isis et fondateur d'Hydrahead). Il y a donc certes des longueurs mais aussi des moments jubilatoires sur ce skeud qu'on n'attendait plus forcément de la part de JKB et ses potes, qui semblaient totalement dévoués à leur poursuite de la rédemption sur les derniers Jesu. Si Jesu est une toile tout en pastel et fusain d'un paysage lointain, éthéré et solitaire, Greymachine est plutôt le résultat d'un punk qui passait dans le coin et dégueule dessus une mixture prédigérée de gros rouge aux petits lardons pour exprimer son incompréhension. Loin d'être indigeste (burps !) finalement, et de moins en moins avec l'augmentation des écoutes, Greymachine n'est en fin de compte qu'une illustration de plus du talent de Broadrick pour établir des ponts entre des genres que le reste du monde croit hérmétiques.