GODFLESH - Pure/Cold World - 1992 - ( Earache)

Tracklisting:
1. "Spite"
2. "Mothra"
3. "I Wasn't Born to Follow"
4. "Predominance"
5. "Pure"
6. "Monotremata"
7. "Baby Blue Eyes"
8. "Don't Bring Me Flowers"
Bonus Tracks (cd version only)
1. "Love, Hate (Slugbaiting)"
2. "Pure II"

18/20



Si Slavestate avait libéré le groupe de son carcan grindcore, Pure cimente en quelque sorte l'identité metal indus de Godflesh. Toujours plus en avant dans le mix, mais rugueuses et grésillantes comme c'est pas permis, les guitares égrènent maintenant de "vrais" riffs par contraste avec les premiers efforts plus noisy. Qu'on se rassure, les harmoniques saignantes de Justin Broadrick n'ont pas disparu pour autant, et le bonhomme n'est pas plus devenu un sous produit de Tony Iommi. GC Green est par contre plus difficile à distinguer dans le mix, ce qui est une source possible de dissatisfaction quand on se souvient de son timbre écrasant sur les deux premiers efforts du groupe. Un troisième larron apparaît aux guitares en la personne de Robert Hampson (ex Loop), jouant un peu le même rôle que son prédécesseur Paul Neville (parti monter le plus psychédélique Cable Regime) : en sus des riffs de Broadrick, il rajoute des espèces de leads littéralement monocordes, souvent dans l'aigu, pour créer plus de dissonance la plupart du temps. C'est pas que ce skeud en manquait à la base...

Pure, bien que plus metal en apparence, est à certains égards encore plus déroutant que Slavestate. S'il n'y a plus de rythmes technoïdes, tout l'album baigne dans une sorte de marasme halluciné. Un peu comme quand on regarde crever un pays du tiers monde aux infos, trop abruti ou blasé pour réagir. Les textes se résument à quelques bouts de phrases à peine intelligibles, tour à tour fantomatiques ou déshumanisés par le traitement delay/reverb/pitch-shifter et dieu sait quoi d'autre. Une influence shoegaze (pré Jesu ?) se fait jour lorsque le groupe prend des allures mélodiques comme sur 'I Wasn't Born to Follow', 'Don't Bring Me Flowers' voire pourquoi pas 'Monotremata', avec cette voix presque angélique noyée dans l'écho. Si les 5 premiers titres maintiennent une tension constante et une certaine cohésion au niveau des idées comme d'un groove génétiquement modifié aux samples, la suite bascule dans l'improbable complet. Shoegaze, double grosse caisse synthétique et thrashisante (!) sur 'Baby Blue Eyes', quant au dernier titre 'Love, Hate (Slugbaiting)' c'est tout bonnement inclassable. L'ombre de Throbbing Gristle (et son 'Slugbaiting' justement) plane sur ce morceau tout en ambiances qui fleure l'aliénation et le découragement les plus complets. L'album se termine sur 'Pure 2', un larsen de guitare de 20 minutes agrémentés d'effets assez flippants. La chose n'aurait pas dépareillé sur un album de Final (projet ambiant de Broadrick) et clôt de façon encore plus étrange un disque qui ne l'est pas moins.

Godflesh ne fait pas vraiment joujou avec son auditeur, ne cherchant pas plus l'interaction qu'un autiste. Pourtant, ce skeud est d'une intensité émotionnelle rare, et porte bien son titre en ce qu'il n'impose jamais rien à l'auditeur. Tout y est si abstrait, déconnecté de tout et tout le monde, que seule compte l'interprétation personnelle, un indice peut-être donné par la phrase clé du morceau titre : "Deny your disease, isolate, pure". Probablement le release le plus hypnotique et halluciné de la première période du groupe, un anti-Streetcleaner à (re)découvrir d'urgence, si ce n'est déjà fait, pour les plus audacieux d'entre vous.

Un mot sur le EP 2 titres Cold World, issu des mêmes sessions. 'Nihil' est une sorte de transition entre Slavestate et Pure, avec son synthétisme glacial et indifférent, son surréaliste groove dansant (regardez donc la scène dans la boîte de nuit dans le film Hideaway !) et sa voix trafiquée et désabusée. Le titre éponyme, lui, est assez dans la veine de 'Don't Bring Me Flowers' avec cette voix claire désincarnée et aux articulations totalement inintelligibles. On y trouve même une certaine grandiloquence avec ces synthés pseudo symphoniques volontairement naïfs, mais aussi et surtout une solitude, une détresse et un désespoir sans fond, d'autant plus crédibles que difficilement feints connaissant le caractère torturé du sieur Broadrick. Quand seules les guitares se font entendre, on croit sentir le poids du monde sur ses épaules. Rarement si peu de notes n'avaient exprimé autant. Depuis les bluesmen du vieux Sud peut être.