DEEDS OF FLESH - Of what's to come - 2008 (Unique leader)

Tracklisting:
1. Waters Of Space
2. Eradication Pods
3. Unearthly Invent
4. Of What's To Come
5. Virvum
6. Century Of The Vital
7. Harvest Temples
8. Dawn Of The Next
9. Infecting Them With Falsehood

15 / 20

Avec le tsunami de reformations qui sévit depuis quelques années, on a un peu perdu la notion originelle de come back, mais c'est pourtant le premier terme qui m'est venu à l'esprit à la première écoute de ce skeud. Alors que la production discographique récente du groupe californien commençait franchement à sentir le renfermé en dépit de prestations scéniques toujours aussi efficaces, ce millésime 2008 se veut un nouveau départ, nouveau line up à la clé (2ème guitare et basse), et jusque dans son titre (le meilleur serait-il donc encore à venir ?!).

Deeds nous a en effet sorti un skeud surprenant qui voudrait ouvertement couper l'herbe sous le pied de la génération montante du death ultra alambiqué (Origin, Decrepit Birth, Defeated Sanity et toute la clique). Une seule écoute suffit pour convaincre n'importe qui n'ayant pas laissé ses oreilles au fond de son anus que comparer ce truc à du DB ou Psycroptic comme j'ai pu lire est ridicule. Oui ça blaste et ça double (sans déconner ?), oui c'est hyper propre et plus précis que la NASA, oui il y a des soli (superbes en plus), mais ça s'arrête là. Psycroptic vous propose une variation sur un même riff pendant 3 minutes en guise de composition. Deeds à côté, c'est encore et toujours ces progressions échevelées de riffs qu'on n'interprète plus comme tels, mais comme une sorte de nappe de thèmes en mouvement perpétuel (c'est bô). Et c'est en cela que cet album distille l'essence du groupe au même titre que tous les autres, et non une quelconque imitation de x ou y dans le cadre d'une étude de marché z. Si je devais vraiment chercher à comparer avec un groupe récent, ce serait Defeated Sanity qui est en quelque sorte la crème du genre à l'heure actuelle. Ce qui serait plus un compliment qu'une critique.

En revanche et ça saute aux ouïes, la forme a vraiment beaucoup changé. Difficile de faire l'impasse sur les soli, à la fois de toute beauté et absolument pas hors sujet, dignes d'un croisement entre Schuldiner et Thordendal (Meshuggah) au meilleur de leurs formes respectives. Il ne s'agit pas que d'un étalage de virtuosité : des thèmes simples (sisi, c'est possible dans Deeds) et faciles à retenir émaillent le skeud tels des balises dans le tunnel, en plus d'apporter quelque chose à la compo bien sûr, on n'est évidemment pas dans la branlette mélodique "chantez en coeur wou-hou-hou-hou" à la Children of Bodom. Le monolithisme des anciennes compos de Deeds Of Flesh ne sont déjà plus qu'un souvenir dès la fin du 1er titre ! Même le remake de 'Infecting Them...' est presque méconnaissable.

La rythmique n'est pas en reste, loin s'en faut, et porte à bouts de bras velus et body buildés cet album impitoyable. Un mot sur la production : elle est à l'image des vocaux, très sèche, très (trop ?) propre. Son seul but est utilitaire, à savoir rendre l'écoute confortable et elle n'ajoute donc rien au caractère de cet album qui se suffit à lui même finalement.

Question : avec cette nouvelle musicalité aussi efficace que sophistiquée, Deeds est il devenu le Dream Theater du brutal death en proposant de la musique pour musicien ? C'est possible, mais le résultat est assez enthousiasmant pour ne pas trop regretter de regarder en arrière. Je préfère penser que cet album creuse le même écart avec ses prédécesseurs que Emperor en son temps, avec son "Anthems...". Devenant ainsi plus progressif, académique voire pourquoi pas politically correct, le groupe californien va fatalement perdre quelques adeptes en route mais se paie du même coup un lifting de luxe et un sang frais qui lui faisait cruellement défaut depuis bien longtemps.