CATHEDRAL -- The Last Spire -- 2013 ( Rise Above / Metal Blade )

Les meilleures choses ont une fin. Le groupe avait rompu un silence de 5 ans en 2010 avec le superbe (et controversé) The Guessing Game seulement pour annoncer, moins d’un an plus tard, que la tournée en cours serait leur dernière avant leur séparation, et que le groupe sortirait tout de même un dernier album en guise d’adieu (on ne comptera pas le double live Anniversary qui commémorait les vingt ans du référentiel Forest of Equilibrium). The Last Spire est donc cet ultime album, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est différent de son prédécesseur… Un retour à la noirceur, à mille lieues des ambiances chatoyantes (façon de parler) de The Guessing Game, mais plus à la façon de The Garden of Unearthy Delights que de Forest of Equilibrium. L’intro nous met dans l’ambiance avec des cris de corbeaux et un Lee Dorrian croque-mort chargé de collecter les corps des villageois fauchés par la peste noire. Puis c’est le premier titre Pallbearer qui déboule, tout en guitares et une basse massive bien que moins expressive que d’habitude (le titulaire de longue date Leo Smee est bizarrement remplacé par Scott Carlson). La batterie lourde comme du plomb marque aussi un retour aux sonorités de Soul Sacrifice ou The Ethereal Mirror. Les vocaux en revanche restent globalement dans la lignée de la période « mature » de Cathedral, relativement posés. L’album se veut une marche funèbre, jusque dans les paroles encore un peu plus noires que d’habitude. Le titre le plus représentatif de cet état d’esprit (et le plus marquant pour moi) est le lancinant Infestation of Grey Death, sorte de testament sur les illusions perdues, la résignation à la vacuité de l’existence, à la routine et à la mort intellectuelle inhérente aux sociétés consuméristes. Littéralement la grisaille ambiante qui finit inexorablement par envahir nos esprits… An Observation et son break incongru nous sortent un peu la tête du marasme, mais c’est pour mieux nous y replonger avec le final This Body, Thy Tomb, la dernière pichenette qui fait tomber nos carcasses exsangues dans la fosse commune.

The Last Spire est un digne adieu et un sincère retour au pur doom longtemps attendu et espéré des fidèles. Gary Jennings a encore une fois su extirper les riffs efficaces et mémorables dont il a le secret, mais tous ne font pas mouche et des longueurs se font parfois sentir… On reste loin du génie qui imprégnait chaque seconde de leur premier album, mais soyons justes, les groupes pouvant revendiquer un niveau de créativité pareil après 20 ans de carrière se comptent sur les doigts de la main. Cathedral a tiré sa révérence. Dixit Lee Dorrian, le temps est venu de « laisser notre héritage prendre racine ». Un héritage resté intact à ce jour au terme d’un parcours quasi sans faute (c’est-à-dire sans avoir subi 200 changements de line up et sans être tombé dans l’auto-parodie ou le mode tournée karaoké). La guerre a beau avoir pris fin il y a 70 ans, les ruines de la cathédrale de Coventry brûlent toujours !