CATHEDRAL - The guessing game - 2009 ( Nuclear blast )

Tracklisting:
CD 1
1)Immaculate Misconception
2)Funeral of Dreams
3)Painting in the Dark
4)Death of an Anarchist
5)The Guessing Game
6)Edwige's Eyes
7)Cats, Incense, Candles & Wine

CD 2
1)One Dimensional People
2)The Casket Chasers
3)La Noche del Buque Maldito (aka Ghost Ship of the Blind Dead)
4)The Running Man
5)Requiem for the Voiceless
6)Journeys into Jade

Le changement dans la continuité... Pour ce qui semble être son avant dernier album et après 5 ans d'attente pour les fidèles, la Cathédrale a mis le paquet avec un double CD à l'artwork luxuriant (comme d'hab') et surtout en liftant sérieusement son style unique, savant mélange de pesanteur doom, psychédélisme, progressif estampillé 70s sans oublier une grosse louche de hard rock sabbathien (le terme stoner n'a jamais eu la moindre signification autre que marketing pour moi). Le combo anglais a conservé les ingrédients, mais modifié le dosage, augmentant sa marge de manoeuvre pour éviter les gimmicks ''stoom'' qui commençaient dangereusement à donner à sa musique un côté recette de cuisine. Passé la surprise initiale, ce n'en est pas vraiment une car ce groupe n'a jamais vraiment fait autre chose que remettre au goût du jour des styles tombés en désuétude... mais avec un son bien à eux. Un son qu'on reconnaît sans peine dès les premières mesures de Funeral of Dreams, grâce à la patte riffue de Gary Jennings et la rythmique parfaite Smee/Dixon. La voix de Lee Dorrian est posée, plutôt grave, tantôt mélodique (très réussi), tantôt en mode narratif (un peu moins). Morceau à tiroirs et riche en rebondissements, il sert d'intro à la suite plus enlevée de Painting in the Dark et son refrain aussi catchy qu'inspiré. Petite perte de vitesse avec Death of an Anarchist qui bien que pesant, tombe un peu dans la banalité avec son riff hard rock conventionnel. Heureusement la suite déroute son monde avec un instrumental éponyme aussi énigmatique que réussi. Juste avant de nous achever avec Edwige's Eyes, monstre de groove au riff et au tempo ultra efficace, qui nous fait passer du crasseux à l'aérien, bien aidé par un synthé qu'on jurerait sorti de Sabbath Bloody Sabbath de qui vous savez (après Tony Iommi en guest sur l'album Carnival Bizarre, Rick Wakeman aux claviers?!). La partie est déjà gagnée, mais Cathedral en rajoute une couche avec le surprenant Cats, Incense, Candles and Wine qui fait grincer des dents les ''puristes'', bah... tant pis pour eux.

Le second disque est tout aussi varié, en sensiblement plus agressif et psychédélique. Comme sur le premier CD, les moments les plus space sont contrebalancés par des titres assez tubesques (l'excellent Casket Chasers notamment). Le groupe se fourvoie un peu dans des longueurs plus soporifiques qu'hypnotiques (The Running Man), mais le vrai clou du 2ème skeud est Requiem for the Voiceless, où on croit réentendre le line up originel responsable du chef d'oeuvre Forest of Equilibrium. Textuellement, Dorrian a toujours abordé des questions comme la place de l'individu dans la société, mais là c'est une cause qui tient à coeur à tout le groupe (qui est végétarien), les droits des animaux. Ce titre est simplement la chose la plus informe, la plus lourdingue, la plus désespérée que le groupe a pondu depuis bien longtemps, l'engagement et l'intensité sont bien présents. 10 minutes de douleur plus tard, on ressort la tête du marasme avec Journey Into Jade qui clôt l'album en résumant littéralement la discographie du groupe, avec encore un superbe riff du père Jennings.

Un album inspiré pour un retour par la grande porte, une atmosphère unique pour un groupe qui ne l'est pas moins, l'un des dernier Mohicans intouché par la fange environnante. Cathedral ressuscite l'esprit de liberté qui habitait les explorateurs prog originels. D'aucun parleront de coming-out hippie... question de point de vue... On repassera également pour la nostalgie des premiers efforts. Cathedral est certes un groupe qui vit dans un monde parallèle, mais avec son temps, ironiquement. Comme les vétérans qu'ils sont, en se lamentant sur ce qu'est devenu le monde, leurs idéaux depuis longtemps perdus, mais pas la flamme créatrice ni une certaine colère intériorisée. Appelez ça la maturité ou la classe au choix.