BURZUM - Hvis Lyset Tar Oss - 1994 ( Misanthropy records)

Tracklisting:
1. Det som en gang var
2. Hvis lyset tar oss
3. Inn i slottet fra droemmen
4. Tomhet

16/20

Difficile de ne pas employer des termes philosophico-poético-pompeux pour décrire une oeuvre majeure du black metôle. Car quoi qu'on pense de Vikernes, il semble bien que ce Hvis Lyset Tar Oss rentre dans cette catégorie (très) restreinte, véritable objet de culte qui alimente l'aura - ou le buzz comme dirait la branchitude web 2.0 de son controversé géniteur et rappelons le, unique membre et maître à penser de Burzum.

Il y a encore une chose qui rend Burzum particulier par rapport à ses congénères de l'époque, c'est le paradoxe d'une approche musicale plutôt moderne et novatrice, en support d'une idéologie ouvertement passéiste et nostalgique de temps reculés supposés meilleurs ou plus purs, sorte de mythe du paradis perdu revisité à la sauce nordique (outre Darkthrone, Vikernes semble avoir longtemps été fan de "Lost Paradise", le 1er Paradise Lost). Pour la modernité, n'allez pas la chercher dans la sophistication de la production, qui est réduite à sa plus simple expression, ni même dans celle des compositions épurées au maximum, et d'ailleurs le minimalisme est un crédo pour tous les groupes black de cette époque, less is more. Quand je parle de modernité c'est en fait à propos de la nature profondément ambient de cet album et qui le rend particulier. Sans vouloir établir de parallèle facile, je trouve que Hvis Lyset Tar Oss était un peu au black ce que Slowdive était au shoegaze, ou Cocteau Twins à la new wave. Cet aspect est en filigrane sur tout l'album, pas seulement le final très planant Tomhet. Vikernes construit une cathédrale sonore avec des riffs monotones répétés toujours plus de fois qu'on aurait éventuellement envie d'en compter. Les claviers viennent parfois en renfort comme sur le très épique Det Som En Gang Var, mais il n'est jamais question de BM grandiloquent à la Emperor, l'emphase n'étant pas le propos de Burzum. Le tout est appuyé par des tempi pas moins monolithiques, dans une gamme allant du ternaire lugubre et maudit au speed stroboscopique, en passant par le bon vieux kick/snare basique et bien guerrier façon Bathory...ou Manowar. On en oublierait presque la voix de Vikernes, hurlement sec du haut de la gorge qui m'évoque un peu Quorthon (RIP), sans effet, véritable condensé de douleur crue ou la frustration le dispute au désespoir... si j'en crois le freeware sensé me servir de traducteur, les paroles de Det Som En Gang Var traitent de la vacuité de la vie moderne comparée à celle des gens d'autrefois, avant de conclure sur quelque chose comme "nous n'avons jamais vécu" ou un truc du genre, sur fond musical plus lugubre tu meurs.. tout un programme...

D'une grande variété tout en étant parfaitement cohérent et maîtrisé de la première à la dernière seconde, le skeud se présente comme une escalade dans la violence sur les 3 premiers titres : en terme de tempo comme de riffs (quelques dissonances bien torturées sur le 3ème, voir la tracklist svp ça m'évitera de l'écorcher...).Cette escalade se termine sur un arpège saturé lancinant et franchement glauque, comme si Vikernes rendait les armes, exsangue après avoir vomi toute la haine dont il était capable. Après quoi le morceau se termine par une partie plus mélodique et metal, un peu dommage à mon goût... Vient pour finir le déjà cité morceau ambiant Tomhet entièrement aux synthés, qui nous plonge presque dans la béatitude après toutes ces émotions fortes... certains lui trouvent un côté morbide, mouais... j'ai plus envie de dire "contemplatif", un peu à la Skepticism...4 titres ça semble bien maigre sur le papier, mais ça suffit pour en ressortir chamboulé. Nul doute que c'était l'objectif de Vikernes.