BLUE CHEER - Vincebus Eruptum - 1968 ( Polygram records)

Tracklisting:
1/ Summertime Blues
2/ Rock Me Baby
3/ Doctor Please
4/ Out Of Focus
5/ Parchment Farm
6/ Second Time Around

17/20

De toutes les vieilleries préhistoriques traitées plus ou moins en profondeur sur cet auguste webzine, vous aurez certainement du mal à trouver plus antédiluvien que ce premier album de Blue Cheer, groupe culte ricain de heavy blues psychédélique encore en activité 40 piges après ses débuts, cité comme précurseur et influence par une pointure comme Lee Dorian de Cathedral. Si déjà ça force pas le respect...

Inutile de revenir sur le contexte musical de l'époque, on dira juste que Blue Cheer s'inscrivait bien dedans, mais sans chercher à ressembler aux groupes anglais qui alors dominaient complètement la scène rock. Blue Cheer est un groupe 100% américain, primitif, authentique, ancré dans le blues, à des années lumières de l'arrogance glamour imblairable des Stones ou de la sophistication des Who. En revanche question psychédélisme tendance sauvage, le trio est à la pointe de l'avant garde... le volume à 11, la basse distordue, Motorhead n'a rien inventé à ce niveau là... comme ça se faisait beaucoup dans la musique en général en ces temps libertaires, le groupe aime bien partir en sucette à l'occasion d'improvisations modérément longues, se lâche complètement sur fond de guitare en mode larsen et vibrato sauvage à donf (plus violent que Hendrix je trouve) pendant que la basse vrombit et que le batteur déchaîné (c'est presque une constante chez lui) martèle groove sur groove avec puissance et un son plus roots tu meurs, bref c'est jouissif, hypnotique, on s'y croit totalement. Du blues poussé à l'extrême, libéré, bruitiste au possible... la reprise déglinguée du vieux classique "Summertime Blues" du hillbilly Eddie Cochran ne me contredira pas... je ne vois pas d'autre groupe de l'époque avec un son aussi brut et intense... Même Sabbath était nettement plus propre, quoique drapé dans son aura sombre tout aussi unique et que ne revendique de toutes façons pas Blue Cheer, définitivement psyché. La voix (fabuleuse, magique, même déchirante sur "Doctor Please") de Dickie Peterson est de toutes façons bien plus proche d'une Janis Joplin au masculin que du Ozzy Osbourne de la 1ère heure. Quant aux assertions comme quoi Sabbath a été influencé par Blue Cheer, mouais j'ai des doutes... BC n'étaient pas des hippies (pas encore à ce moment là), ne faisait pas non plus partie de la prétendue aristocratie du rock, n'avait pas de positionnement politique particulier. Leur son studio était vraiment de pauvre qualité et c'est ce qui a du plomber leur carrière à leurs débuts, le 1er Sabbath enregistré en 3 jours faisant figure de super production en comparaison. Je crois que le groupe est resté confidentiel sur ses deux premiers skeuds, avant de changer de gratteux et de prendre en marche le wagon peace and love qui on le sait bien maintenant n'a pas duré longtemps non plus, bref un revirement pas forcément judicieux... donc non, je ne pense pas vraiment qu'on puisse établir de filiation avec les premiers groupes heavy rock anglais... Blue Cheer s'est par la suite séparé, reformé, reconfiguré un nombre incalculable de fois jusqu'à la fin des années 90 donc difficile d'évaluer leur influence en dehors de la sphère stoner et probablement une certaine frange du grunge (leur collaboration avec Jack Endino dans les 80s). Mais maintenant si un mec comme Dorian en parle à son aise, perso ça me suffit...

Bref on s'en fout et on apprécie cet album pour ce qu'il est, à savoir un témoin d'une époque révolue depuis des lustres mais de laquelle transpire une soif de liberté et une authenticité qui n'a que cruellement fait défaut au rock depuis, et qu'on ne retrouvera probablement plus jamais. On se fout que la prod soit cheapissime même selon les critères de l'époque... fermez les yeux, allumez un cône si l'envie vous en prend, éteignez quelques minutes ce putain de portable, votre boite mail spammée et la télé qui nous annonce l'imminence de la fin du monde après chaque nouveau scandale financier. Laissez toute ces merdes et laissez vous emporter à travers le temps et l'espace par ces vibrations lourdes et puissantes d'une autre planète, d'un autre temps, le son de l'original american heavy metal band. Yeah !