BLACK SABBATH - Black Sabbath - 1970 ( rééd. 2000 Sanctuary records )

Tracklisting:

1 Black Sabbath
2 The Wizard
3 Behind the wall of sleep
4 N.I.B
5 Evil Woman
6 Sleeping village
7 The warning

18/20

Black Sabbath est généralement considéré par les métalleux d'aujourd'hui comme le premier groupe ayant réellement joué du metal. Les racines du style sont évidemment un peu plus anciennes, et surtout diffuses et mal déterminées (après tout même les mignons popeux des Beatles ont enregistré quelques titres très heavy pour leur époque), mais il y a une sorte de consensus pour désigner Black Sabbath comme l'origine des temps métalloïdes. Il fut un temps où cette origine portait plutôt le nom de Led Zeppelin, voire de Cream (et pourquoi pas de Steppenwolf, tant qu'on y est, puisqu'on leur doit l'invention du terme "heavy metal"). C'est dire à quel point ce genre de débat a finalement peu d'intérêt. Toujours est-il que si vous découvrez le premier album de Black Sabbath en 2011 en pensant écouter un des disques fondateurs du metal, vous risquez d'être bien déçu(e). A la limite, c'est vrai pour le premier titre. La pochette aussi, bien plus metal que le contenu. Parlons un peu de cette photo. Elle est purement géniale. Je l'ai longtemps considérée, même dans sa version complète (c'est à dire carton déployé), comme une image esthétiquement bordélique, de faible qualité, devant tout à son ambiance majestueuse et inquiétante qui ne saurait laisser grand monde indifférent. Ce n'est qu'après avoir tenté en vain de réaliser moi-même des images comparables (dans la fin des années 90, putain qu'est-ce qu'on est vieux !), puis après avoir constaté que nombre de groupes de doom ou de black metal n'ont pas réussi non plus, que j'ai compris que c'était une image ultime qui continue très légitimement de susciter encore et toujours la même fascination.

Le premier titre, Black Sabbath, passe pour avoir plus ou moins entraîné la formation de tout un tas de groupes de doom metal dans les décennies 80 et suivantes. Toute la première partie du morceau, résonnant comme une église noire, est basée sur ce "fameux" triton joué au ralenti qui est paraît-il la base du metal. Il a fallu attendre les années 2000 pour commencer à entendre ce genre de bêtise. Depuis quand un seul son suffit à définir un style ? La deuxième partie accélère pour nous entraîner vers un dénouement tragique, nous apercevons déjà la main du destin, du doom avant l'heure en effet ! Cela dit tous les groupes de doom modernes qui composent des titres de vingt minutes avec des successions d'accords (ou d'arpèges, faut bien varier les douleurs) aussi riches que celles des groupes de black metal des années 90, ne font rien d'autre que nous saoûler. Se réclamer de Black Sabbath quand on joue de la musique de feignasse, ça fait pitié ; c'est à se demander si les doomeux du dimanche ont réellement écouté les débuts de leur groupe fétiche. Par ailleurs si un album comme Paranoid peut effectivement être considéré comme un des premiers disques metal, metal trop bien joué pour être singé par des feignasses, le premier Black Sabbath est avant tout une synthèse de la musique populaire de l'époque.

J'entends déjà les râleurs râler (quoi de plus naturel ?) parce que c'est quand même un disque bien électrique, avec un son boueux, et bel et bien quelques riffs metal, même si ces derniers n'ont pas un plus grand rôle que les autres ingrédients jetés dans la marmite. En 1970 les musiciens de Black Sabbath sont avant tout des rockeurs de leur époque, ouverts et curieux. Ils ont digéré le blues, le folk, le rock, les aventurismes psychédélique et progressif. Ils ont tiré de tout cela un style unique, une musicalité faussement simple, c'est à dire très facile à écouter mais dure à imiter. Ils ont réellement bossé, eux ! Un bon songwriting et un charisme de tous les instants achèvent ce beau tableau à travers lequel on ressent avant tout que ces types ont bien compris dans quelle société ils vivaient. Il en ont compris les travers tout en étant capables d'y vivre et de s'y intéresser. Ils sont attachés à leur terre, aussi, leur musique sent la pluie et l'herbe (je ne parle pas de celle qu'on fume, bande de dégénérés !) et ça c'est cool. Hélène Ségara a beau avoir plagié les couplets de "The Wizard" dans un de ses anciens tubes, il est clair que ça ne sonne pas du tout pareil...