BAN - Mort - 2006 (Candlelight records)

16/20

Dernier volet d'une série noire entamée avec 'The Mystical Beast Of Rebellion' en 2002, 'Mort' se présente comme la déclaration finale de BAN en matière de dégoût, le groupe ayant depuis cessé de contempler la boue pour se tourner vers les étoiles, mais c'est une autre histoire... cet album a semble-t-il dérouté pas mal de monde à sa sortie de par son exceptionnelle teneur en noirceur et en malaise. D'ordinaire avec un CD de metal j'ignore royalement l'artwork toujours plus ou moins prévisible, n'ouvrant le livret que pour lire les informations qui m'intéressent dedans. Or ici, les visuels à mi chemin entre peintures et photos (flottement réel-irréel permanent) vous plongent direct la tête dans un trou humide et infect ou la lumière du jour n'entre jamais, un cloaque d'une puanteur sans nom ou grouillent la misère, la crasse et la maladie. Par dessus ces images de cauchemar, des courtes proses en surimpression nous apprennent que ces bas fonds glauques sont en fait le décor de nos vies, désastres de la civilisation urbaine ravagée par la solitude, l'aveuglement et le matérialisme. Avant même d'avoir appuyé sur 'play', l'ambiance est déjà posée. Alors quand la musique déboule, ou plutôt dégouline, les âmes sensibles et même les derniers fêtards murgés ont déserté la pièce depuis longtemps. Décharné, zombiesque, les superlatifs et métaphores imagées ne manquent pas pour décrire ces caricatures cadavériques de morceaux où la seule forme de structure qui empêche l'effondrement de la créature sur elle même reste un fil ténu et fragile de... mélodie, présente essentiellement sous forme de nombreux solos lancinants qui rappellent ceux d'Erik Rutan, la flamboyance en moins. Les riffs n'en sont pas totalement dénués non plus : les dissonances s'effacent parfois pour laisser place à des choses plus "harmonieuses", ce qui évite de bassiner l'auditeur prématurément en variant les atmosphères, histoire de sortir la tête de l'eau et d'entrevoir... ben non, rien en fait.

L'album doit une grande partie de l'ambiance dégoulinante qu'il dégage à la façon dont la guitare est jouée : presque sans attaque, avec beaucoup de liés et d'effets de vibrato, soit à contre courant de ce qui se fait habituellement en metal extrême... "unorthodox black metal" comme ils disent. Les autres éléments ne sont pas en reste : la voix criarde des précédents albums a laissé place à une sorte de râle, genre chanteur de death grippé, inintelligible quoi qu'il arrive et complément idéal des hululements de la gratte. Quant à la batterie programmée, elle reste légère comme pour ne pas insuffler le moindre souffle de vie à cette bande son pour supplicié bouffé par les fourmis rouges. Les tempos sont quelconques et le rythme erratique, comme livré à sa propre inertie, comme d'autres sont livrés à leur sort.

Bref, BAN maîtrise totalement son sujet de A à Z et manipule les sensations de l'auditeur à sa guise, plus que sur n'importe lequel de ses albums précédents. Maintenant pour ce qui est de la musique, il est clair que ce n'est pas le genre de skeud qu'on va écouter en boucle pendant des semaines... Beaucoup ont évoqué Godflesh à propos de cet album, mouais... la teneur en noirceur est comparable (réécoutez 'Life is Easy' pour mémoire), mais dans Mort point de groove ni de beat entraînants, malgré une certaine facette mélodique indéniable. Mort est un album extrême, à appréhender en tant que tel. Mais son inventivité et son originalité méritent de sortir du lot, de même que ce n'est pas demain la veille qu'un autre groupe de black metal viendra piétiner les plates bandes du groupe (forget about la vague "suicide black metal" menée par Shining et autres gros fakes en mal de crédibilité...).