ANTHRAX - Sound Of White Noise - 1993 (Elektra)

Tracklisting:
1. Potter's Field
2. Only
3. Room for One More
4. Packaged Rebellion
5. Hy Pro Glo
6. Invisible
7. 1000 Points of Hate
8. Black Lodge
9. C11H17N202SNA (Sodium Pentathol)
10. Burst
11. This Is Not an Exit

15 / 20

Certainement l'un des skeuds les plus appréciés des fans du groupe, SOWN voit les New-Yorkais mettre de côté leur velléités les plus thrash au profit d'un style plus mélodico-moderne aux réminiscences seventies forcément assumées en pleine folie grunge. Alors, sold out les Anthrax, comme Metallica avec ses balades langoureuses en heavy rotation sur MTV ? Oui, possible. D'autant qu'au sein de la scène thrash ils ont souvent fait figure de girouette stylistique, tour à tour heavy metaaaal (voix suraiguë), crossover branchouille ou thrash pur jus selon les périodes. Sauf que contrairement à d'autres Anthrax le fait avec talent et classe, et ce Son du Bruit Blanc en est un vibrant témoignage avec un mélange bien à eux de mélodie ultra catchy (dans le bon sens du terme), d'agressivité métallique brute, et de la touche déjantée brevetée et certifiée 100% Anthrax.

Côté compo, ils ont bien compris qu'en ce début des 90s les morceaux thrash de 8 minutes n'ont plus la cote et comme leurs pairs, les Anthrax recentrent leur songwritting sur une conception plus traditionnelle de la chanson, plus rock, tournant définitivement autour du vocaliste John Bush (ex-Armored Saint) fraîchement recruté. Belle preuve de confiance accordée au frontman qui remplace avec bonheur un Joey Belladonna dont j'ai toujours eu du mal à supporter le chant haut perché notoirement en décalage avec la musique du groupe et que la seule raison de regretter vient probablement de cette grotesque vague de nostalgie "80s forever".

Bush a un grain de voix et un style personnel qui convient on ne peut mieux à ce nouveau style plus rock. Stylistiquement quelque part entre Ozzy Osbourne, Phil Anselmo et James Hetfield, le bonhomme n'a clairement pas le génie mélodique du premier et ses lignes sont parfois quelque peu répétitives et redondantes, même sur un 'Only' pourtant propice au développement des mélodies. Il se rattrape avec son très bon timbre, de bons textes directs et convaincants et un bon feeling qui sait se faire poignant sur le très sombre 'Black Lodge' sans aucune trace de sensiblerie efféminée ni de vocalises de rock star (de toutes façons proscrites en 93). Il est clair que c'est lui qui porte les morceaux, il en est l'élément central. Les autres ne sont pas en reste pour autant, la paire Benante/Bello est toujours aussi puissante et efficace tandis que Scott Ian fait étalage de son grand savoir-faire à la rythmique. Seul le soliste Dan Spitz semble s'être fait refouler à l'entrée de la soirée : conséquence de leur nouvelle orientation, les soli de gratte sont devenus nettement plus discrets qu'à l'époque Belladonna, et ne font plus qu'apporter une petite touche, souvent brève, à l'édifice. Il quittera d'ailleurs le groupe moins de deux ans plus tard. Au chapitre de la prod, rien à redire, c'est du made in USA avec le budget qui va bien : elle flirte avec la perfection, tout simplement.

On n'est pas surpris de constater que le skeud est grosso merdo divisé en 2 parties, une plus mélodique et heavy rock avec les tubes en puissance que sont 'Only' et 'Packaged Rebellion', et la seconde plus agressive, metal et déjantée. Ça aurait pu suffire à taxer cette démarche de grossièrement commerciale, sauf qu'Anthrax a assez de talent pour s'en sortir plus qu'honorablement sur les deux tableaux. La sincérité et l'implication de John Bush y est pour beaucoup aussi. Curieusement, je le sens même légèrement plus à l'aise sur les morceaux les plus agressifs où il se lâche plus. Finalement je vois un peu ce Sound Of White Noise comme la période bénie d'Anthrax, débarrassée du kitsch de ses débuts et pas encore contaminé par la mouvance nu-metal comme ce sera le cas 2 albums plus loin.